‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 142 sur 196 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

plus d'aptitude et d'habileté que les hommes. L'emploi de ceux-ci y est cependant préféré par les patrons qui trouvent en eux plus de fixité, plus de désir de les satisfaire, plus d'ambition professionnelle.

L'influence dominante de la moralité des femmes sur le progrès des salaires, démontrée jusqu'à l'évidence par l'expérience, n'a pas été suffisamment mise en relief par la plupart des économistes qui ont traité cette matière.

On signale le plus souvent avec MM. Villermé, Le Play, Jules Simon, l'infimité du salaire des femmes comme provenant des causes suivantes : 1" le petit nombre des métiers qui leur sont dévolus et l'accaparement par les hommes de professions destinées aux ouvrières; 2° la concurrence des maisons de refuge, des couvents et des prisons qui avilissent les prix de la main-d'œuvre.

L'envahissement par les hommes des professions féminines a été mis au nombre des iniquités sociales par les moralistes de tous les temps , depuis J.-J. Rousseau jusqu'à M. Legouvé. En y regardant deprès, on se convaincra aisément que ce reproche prête plus au développement littéraire et à l'effet sentimental, qu'il ne supporte un examen sérieux. A côté des industries qui substituent, comme les magasins de nouveauté, l'emploi des hommes aux femmes, on en compte de non

moins importantes, de plus nombreuses même, l'imprimerie, par exemple, où les ouvrières trouvent aujourd'hui une occupation conforme à' leurs aptitudes, qui leur était jadis refusée.

Les facilités de travail augmentent chaque jour pour les femmes. L'intérêt des patrons, luttant pied à pied contre l'accroissement des salaires, se tourne naturellement de leur côté. Certaines manufactures en emploient actuellement un nombre beaucoup plus considérable que par le passé.

Les femmes manquent au travail de l'industrie, plus que le travail ne manque aux femmes. Voilà la nouvelle vérité économique. Elle dénonce une amélioration sensible de leur condition. Ainsi, le premier grief porte à faux.

La concurrence des maisons de refuge, des orphelinats et des couvents est accusée comme dolosive pour le travail des femmes. M. Jules Simon dans un remarquable livre, V Ouvrière j, a donné crédit à ce grief dans l'opinion. Les mêmes accusations viennent d'être renouvelées, avec moins de talent et de bonne foi, par les orateurs du congrès ouvrier. Cette discussion ardente, acrimonieuse, a eu un grand retentissement. On ne parle de rien moins que de faire prohiber, par une loi d'Etat, les travaux sur commande aux communautés religieuses. C'est ainsi que l'on entend dans certaines sphères politiques la liberté du travail.

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