‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 143 sur 196 · CHAPITRE QUINZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIEME

Les orateurs du congrès ont pris au sérieux une réclame des magasins du Louvre, annonçant qu'ils emploient 150 couvents à leurs travaux de confection. On a fait de cette hyperbole de prospectus, à la grande joie de ses inventeurs, un thème à déclamation sur l'accaparement, l'avilissement du salaire; l'inutilité et les dangers des ouvroirs. Interdire le travail aux couvents, et, si cela ne suffit pas., interdire les couvents, telle a été la conclusion logique de la discussion. Il y a mieux à dire, pour l'intérêt de la vérité.

Les communautés de femmes s'occupant des divers travaux de la couture comptent en France un effectif de 50,000 personnes environ \ Ce modeste contingent n'est guère de force à influer par luimême sur les conditions du salaire des deux millions de femmes tirant profit, dans des conditions diverses, du travail de l'aiguille. Ajoutons que les religieuses appartiennent, en général, aux classes les moins fortunées de la société; c'est au cœur du peuple qu'elles sont recrutées. C'est là que, rendues à la vie civile, elles viendraient appor-

* D'après une statistique publiée par V Economiste français (1876), l'effectif des corporations religieuses des deux sexes s'élève en France à 125,000 personnes; si l'on déduit de ce chiffre les communautés d'hommes d'une part, et de l'autre les communautés de femmes ne s'occupant pas des travaux de !a couture, on peut évaluer au maximum à 50,000 le nombre des ouvrières des congrégations religieuses.

ter, à côté des autres ouvrières, la concurrence d'un travail d'autant plus actif qu'il serait stimulé par les nécessités de la vie.

Mais, dit-on , les religieuses ne travaillent pas seules, elles ont sous leur direction les ouvroirs. Cela est vrai. Kous avons eu occasion de clire les services rendus par là à l'enseignement professionnel. On ajouterait, sans s'écarter de la vérité, qu'il croît là toute une pépinière d'ouvrières honnêtes et capables qui , rentrées dans leurs familles, relèvent le prix des salaires par leur moralité et la perfection de leur travail. Les mères bénissent ces asiles de la chasteté de leurs filles. Les ouvriers eux-mêmes professent une grande estime pour ces institutions qui leur conservent, dans la pratique des devoirs et le respect des bonnes mœurs, des épouses dignes d'eux.

Les ouvroirs sont la meilleure défense, si tant est qu'il ait besoin d'être défendu, du travail des communautés religieuses. IVon-seulement ils proclament leurs services , mais ils en attestent le désintéressement.

Une remarque peut aider à évaluer à sa juste mesure la part afférente aux ouvroirs dans la production générale des travaux de couture : on estime à 250,000 environ le nombre des machines à coudre actuellement vendues en France ; or, 10,000 seulement de ces machines ont été acquises par les

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