CHAPITRE QUINZIÈME. 35i
communautés de femmes ou les ouvroirs. Ainsi, le travail de ces écoles d'apprentissage, outre qu'il est pratique pour la majeure partie par des enfants, ne figurerait pas pour un vingtième dans l'emploi des instruments de confection. Y a-t-il là de quoi porter une perturbation si profonde dans les conditions harmoniques de la production et des salaires?
Singuliers industriels, en vérité, que ces couvents où Ton élève, instruit et nourrit des jeunes filles en bas âge. D'ignorantes et maladroites apprenties, on en fait de bonnes ouvrières; et quand vient la dixhuitième année, à l'âge où elles ont acquis l'habileté de main qui fait le bénéfice du travail, on les rend à lasociété, soit en les plaçant dans des familles estimables, soit en les mariantà d'honnêtes ouvriers! Singuliers industriels que ces communautés religieuses qui se font concurrence à elles-mêmes en formant de nombreuses ouvrières, et bien souvent en leur procurant du travail I
Et ce sont des ouvriers partisans de V association^ au point d'en faire le programme d'une rénovation sociale, ce sont eux qui s'attaquent aux communautés de femmes ! Mais quelle est donc l'utilité de l'association, si ce n'est d'obtenir la production à bon marché et d'employer en les groupant les forces des faibles? Les associations corporatives, sous quelque forme que ce soit, poursuivent-elles un autre
but, sont-elles régies par d'autres lois? Est-ce donc parla religion, dont les pratiques se mêlent au travail des ouvroirs pour fortifier les courages et élever les âmes, que l'association, de louable et utile ailleurs, deviendrait ici nuisible et impie? On ne peut faire plus lourdement tomber dans la balance de la justice deux poids et deux mesures. La passion politique et le mépris de l'éducation morale peuvent seuls expliquer les attaques dirigées contre les communautés de femmes, les ouvroirs, les orphelinats. Le bon sens public a déjà condamné ces attaques. Passons.
Le travail des prisons, comme celui des ouvroirs, est frappé d'ostracisme par les congrès ouvriers. La haute utilité de la moralisation des condamnés, par le travail, n'arrête pas plus leur verdictque l'intérêt de l'éducation professionnelle des ouvrières. Il faut cependant bien que les détenus travaillent ; l'oisiveté serait pour eux une cruelle aggravation de peine, sans compter la privation des adoucissements que le gain d'un salaire, si minime qu'il soit, leur procure. Or, à moins d'occuper les prisonniers, comme en Angleterre, à tourner une roue dans le vide, système à la fois abrutissant et barbare, il est rationnel que l'État utilise leur travail, soit directement , soit par des intermédiaires. Ce travail bouleverse-t-il les lois de la production ? Là est la question.