‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 145 sur 196 · CHAPITRE QUIMZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUIMZIÈME

Or, les griefs articulés sur ce sujet sont purement chimériques. Qu'on tienne d'abord compte de ce dilemme : ou le détenu pratiquait l'état qu'il exerce dans la prison avant d'y entrer, ou il ne le connaissait pas. Dans le premier cas, la concurrence n'a fait que changer de place ; dans le second, l'apprentissage est le plus souvent aussi long que la peine, le travail reste improductif, la concurrence n'est pas sérieuse.

On objecte que le salaire des prisons est très-peu rémunérateur ; il varie de 0 fr. 50 à 1 fr. et 1 fr. 50. Or, il faut examiner les résultats de la production et non compter le prix des journées. Le détenu, moins bien nourri que l'ouvrier libre , travaille moins ; il n'a ni goût, ni intérêt, ni courage à la besogne; il ne produit pas moitié du travailleur libre. Si l'entrepreneur du travail des prisons abaisse à l'excès le prix de certains produits, c'est que le plus souvent il est à la fois entrepreneur de nourriture et entrepreneur du travail ; il gagne sur Tune plus que sur l'autre. C'est là où est l'abus, mais l'administration veillant , il est aujourd'hui assez restreint et réformable.

On a dénoncé au congrès les chiffres suivants, extraits d'un rapport du service des prisons à M. le ministre de l'intérieur : en 1875, dans dix-huit de de nos principaux établissements pénitentiaires de femmes, il a été fait, par 2,933 ouvrières, 915,421

journées de travail ayant donné 628,624 fr. de salaires; ce qui met à 0 fr. 80 environ la moyenne de la journée de travail.

Eh bien î cette moyenne s'éloigne peu de ce que gagnent beaucoup d'ouvrières des campagnes ou d'ouvrières à domicile. Ajoutons que ce salaire est établi sans aucun cbômage, le travail des détenus étant obligatoire. Enfin, il faudrait supputer, en regard du salaire, l'infériorité de la production, le nombre d'heures inutiles passées à l'atelier, pour apprécier les différences de résultats sur une base équitable. Il serait facile de se convaincre ainsi que le travail des détenus, dans ses proportions limitées, quant au nombre des personnes et à l'étendue de sa production, ne fait pas une concurrence sérieuse au travail des ouvriers libres. Ce travail n'influe pas d'une manière sensible sur létaux des salaires.

Ajoutons que les diverses réformes, apportées dans ces dernières années au régime pénitentiaire en France, sont de nature à limiter considérablement la production industrielle dans les prisons. La déportation appliquée à toutes les longues peines; le travail agricole considérablement développé dans les colonies pénitentiaires et dans tous les établissements de jeunes détenus ; enfin le système cellulaire étendu à toutes les prisons départementales par la loi de 1875, sont autant de causes de suppression des ateliers industriels dans les maisons

Page 1