CHAPITRE QUINZIÈME
de réclusion. Par suite, s'évanouissent les craintes de la concurrence faite par les réclusionnaires aux ouvriers libres.
Les choses étant ainsi ramenées à de justes proportions , il faut chercher ailleurs les causes de Tavilissement du salaire des femmes. Revenons à notre démonstration : le niveau du salaire des ouvrières s'élève ou s'abaisse en proportion directe du relèvement ou de l'afTaiblissement de leur condition morale et intellectuelle.
JVous aimons à nous trouver d'accord, sur ce point, avec un économiste des mieux autorisés, M. Leroy-Beaulieu. Ce ne sont, à ses yeux, ni le travail des femmes à domicile, ni les produits des couvents ou des ouvroirs, qui sont la cause réelle de la dépréciation du salaire des femmes, mais bien le défaut de capacité, le manque d'éducation professionnelle, l'absence d'instruction, surtout l'inconduite.
Le fait est incontestable, la plupart des carrières qui devraient être ouvertes aux femmes par la nature de leur esprit leur sont fermées par suite du défaut d'éducation et d'instruction. Mais l'influence de l'inconduite est dominante dans l'avilissement du salaire : « Il y a, dit M. Leroy-Beaulieu, un fait déplorable qui agit en ce sens avec une énergie plus grande, c'est la prostitution. Nous ne voulons pas parler de la prostitution devenue métier unique,
mais de cette prostitution accessoire qui va de pair avec le travail journalier, produit autant et souvent plus que lui, et qui peu à peu tend à former le soutien principal de l'existence de l'ouvrière, pesant ainsi sur la rémunération du travail et la maintenant basse. V^oilà pourquoi , dans la plupart des grandes villes, cette rémunération ne forme pas le fond de leur existence, elle vient seulement par surcroît. »
Ort a fait une remarque qui porte contre les mœurs industrielles une cruelle accusation. Le salaire des ouvrières est moins élevé dans les magasins les plus en vue, les plus en vogue, où l'on exige le plus d'élégance dans la tenue. En effet, on apprécie comme un avantage la facilité que les jeunes filles trouvent là d'être distinguées par la riche clientèle masculine. Les emplois sont fort recherchés par les ouvrières dans les magasins de confiserie, de parfumerie, de lingerie en renom. Les pauvres filles que l'on qualifie avec quelque prétention de dames de comptoir gagnent à peine de quarante à quatre-vingts francs par mois , et il faut faire face chaque jour aux frais de toilette et de coiffure. Peuvent-elles raisonnablement espérer vivre honnêtes avec ce misérable salaire? C'est le sort des actrices et des figurantes des petits théâtres; elles sont d'autant moins rétribuées qu'elles sont appelées à se produire plus souvent et dans le costume le plus léger. Beaucoup ne reçoivent rien et parfois se