CHAPITRE QUIXZIÈME
donnent par surcroît pour obtenir ]a faveur de l'exhibition publique.
Ne cherchons donc pas ailleurs la cause de la vilité du salaire des femmes; elle se dénonce partout dans le mépris du travail et le dédain de l'honnêteté.
En face de ces défaillances et de ces hontes de notre état social, ne faut-il pas énergiquement appeler de nos vœux, comme une suprême espérance, ce qui peut le mieux améliorer la condition intellectuelle et morale des ouvrières : l'éducation et l'instruction professionnelle le relèvement des bonnes mœurs et des croyances?
La femme ne trouve pas comme l'ouvrier, dans l'indépendance personnelle ou dans les moyens d'association, la force nécessaire pour résister aux prétentions des patrons, se défendre contre les intermédiaires et relever l'avilissement du prix de sa main-d'œuvre.
Le travail des ouvrières subit encore une sensible dépréciation du fait de l'immense concurrence que les femmes se font à elles-mêmes, dans les travaux de la couture. La concurrence ne vient point là seulement des ouvrières, mais de personnes de toute condition : de femmes du monde travaillant à la tapisserie, à la broderie, à la confection, pour cacher une misère ou satisfaire une fantaisie; de personnes aisées voulant grossir leur épargne; de
jeunes filles ou de personnes âgées à qui répugne le travail des ateliers; de mères attachées à la surveillance de leurs enfants. Un innombrable contingent de femmes acceptent ainsi à vil prix un travail qui leur offre encore des avantages en ne les détournant pas des occupations journalières et en ne les éloignant pas du foyer. Ce sont là des conditions économiques en quelque sorte fatales. On les constate sans pouvoir en indiquer le remède.
Faut-il d'ailleurs, même en face de ces inconvénients, se plaindre avec trop d'amertume de l'immense dififusiondu travail à domicile?
Travail bienfaisant et moralisateur, ressource suprême des êtres les plus faibles, le travail à domicile ne rompt aucun des liens de famille et ramène, par un étrange retour des choses humaines, les mœurs des femmes à reconstituer, dans la vie moderne, l'atelier domestique comme il existait dans les sociétés antiques.
Le travail à domicile, pratiqué dans ces conditions, divisé, irrégulier, discontinu, subit inévitablement une lourde dépression de sa rémunération. Pourrait-il en être autrement, si l'on examine à quel prix se livrent les objets de confection, de broderie ou de lingerie dans les grands magasins de nouveautés de Paris , tels que : le Louvre, le Bon Marché, le Coin de Rue, etc.? Le bas prix de ces objets est uniquement dû à Pinfîmité du prix de la main-d'œuvre. Or, cette