‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 148 sur 196 · CHAPITRE QL'lXZIÈMt · texte numérisé non relu

CHAPITRE QL'lXZIÈMt

main-trœuvre où se pratique-t-elle? Vous retrouverez tous les modèles de confection des grandes maisons parisiennes entre les mains des ouvrières de la campagne, dans les villages de la Beauce, du Berry, de la Touraine ; là où les femmes ne se livrent plus aux travaux de la culture. Vous verrez ces guipures, ces points si délicats se dérouler sur le carreau des dentellières de la Haute-Loire et du Puy-de-Dôme.

Les facilités de vendre à bon marché sont acquises par l'immense division, la grande dispersion de la main-d'œuvre, particulièrement dans les travaux de couture qui occupaient jadis les ouvrières dans des ateliers voisins de la maison de commerce. L'invention de la machine à coudre joue aussi son rôle dans ces nouvelles conditions économiques. Si, d'un côté, elle déprécie le travail de la couture à la main, de l'autre, elle a été un actif agent de l'extension du travail à domicile. La facilité de la location des machines, jointe à la rapidité de l'exécution, a permis à des milliers de femmes d'accepter à forfait ou même d'entreprendre des travaux de confection qui leur eussent jadis été interdits. Un grand nombre de petits ateliers de famille se sont ainsi constitués ; et, d'ouvrières, beaucoup de femmes, grâce à l'invention des Howe et des Singer , sont devenues patronnes à leur tour.

Les salaires souffrent sans doute de cette progrès-

sien immense de la concurrence; mais, à d'autres points de vue, ne devrait-on point bénir les révolutions accomplies dans les procédés de la production? On le pourrait, sans injustice, si Ton s'arrêtait à ces sérieuses considérations : le travail à domicile est au sein de la famille le plus efficace agent de moralisation; il favorise tout particulièrement les soins que la mère donne à ses enfants, ceux que donne la jeune fille aux parents âgés; il porte l'aisance dans le ménage et attache à son foyer le chef de la famille; il possède enfin cette rare vertu de prévenir l'émigration des jeunes filles des campagnes, tentées jadis par les gros salaires de la ville, en les retenant dans leur village sous la direction maternelle.

On se plaindrait avec plus de raison de ce que les ouvrières ne varient pas leurs travaux selon leurs aptitudes et se livrent un combat sans relâche sur le terrain de la couture. Le nombre démesuré des travailleuses à l'aiguille est une cause constante de l'avilissement de leur salaire. Si un apprentissage spécial cultivait le goût des femmes et formait leur capacité, elles trouveraient l'emploi de leur temps , même à domicile, dans une infinité de travaux rémunérateurs. Tels sont : le dessin, la gravure, la peinture de l'émail, de la porcelaine, des éventails, la ganterie, le piquage des chaussures, la fabrication des bijoux de jais, de verre ou de doublé, la bim-

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