CHAPITRE QUINZIÈME
belotterie, et en général la confection de tous les menus articles de Paris. Beaucoup d'ouvrières, occupées dans de petits ateliers, feraient alors leur travail à domicile. 11 appartient à une bonne direction de l'éducation professionnelle de réaliser ces progrès. Grâce à un apprentissage spécial, les ouvrières peuvent accaparer le monopole d'une foule de produits dont la fabrication, dans l'atelier domestique, se concilierait avec l'avantage d'un salaire rémunérateur \
Quoi qu'il en soit des conditions actuelles du travail à domicile, on ne saurait trop encourager ses efforts et favoriser ses progrès, pour ouvrir aux ouvrières l'horizon d'un avenir meilleur.
Le salaire des femmes dans la grande industrie est sans doute plus rémunérateur, mais combien leur condition ne laisse-t-elle point à désirer à l'égard de la moralité et des rapports de famille ! Si le besoin n'exerce pas sur elles ses pernicieuses influences, le travail à la manufacture les éloigne de leur ménage et les sépare de leurs enfants; jeunes filles, il les expose, par des suggestions et des contacts fâcheux, à de continuels périls.
^ Tel n'est pas l'avis du congrès ouvrier de 1876. Voici sur ce point sa résolution, elle est fort ambiguë : « Travail des femmes : rétribution égale du travail des hommes et du travail des femmes; suppression du travail dans les écoles du soir et les écoles primaires. »
L'idéal à rêver pour les ouvrières n'est pas Faffranchissement de l'austère loi du travail. Aucune d'elles ne voudrait, au prix d'un repos égoïste, ne point prendre sa part des peines aussi bien que des joies des êtres chers. Femmes ou mères, elles portent dans leur âme, brûlant d'un feu perpétuel comme la lampe du sanctuaire, la flamme sacrée du dévouement. Ce qu'il faut souhaiter aux ouvrières, c'est que la tâche ne soit point écrasante pour leur frêle nature ; qu'elle ne les détourne pas de l'accomplissement des devoirs; qu'elle n'altère pas la pureté de leurs mœurs ; que leur travail enfin reçoive une équitable rémunération. Il faudrait tenir pour un malheur social que ces vaillantes auxiliaires de l'industrie n'obtinssent d'autre récompense de leur courage que le sacrifice de la santé, de la moralité, du bien-être, pour ne laisser après elles, au bout d'une carrière prématurément abrégée par la mort, qu'un foyer désert, des orphelins sans asile, la misère et l'oubli.
Il y a mieux à attendre d'une société où, parmi tant d'institutions abattues, on n'a pas détruit encore le respect de la femme, ni étoufî'é la foi dans l'influence morale de la famille.