CHAPITRE XVÏ
La protection légale des ouvrières de l'industrie. — La prohibition du travail de nuit. — La police des ateliers.
Xos mœurs et nos lois accordent-elles àTouvrière une protection suffisante? Rencontre-t-elle, dans le monde moderne, une part de justice égale à celle que réclamerait l'importance de sa mission? Nos observations l'ont déjà fait pressentir : nous ne le pensons pas.
Frappés des injustices et des inégalités dont la femme est victime, nombre de moralistes voudraient l'exclure d'une manière absolue du travail industriel, pour la renfermer au foyer et l'occuper exclusivement aux soins du ménage. Dieu nous garde d'accueillir avec trop de faveur ces doctrines aussi chimériques que séduisantes. Un tel idéal de rénovation des mœurs sociales, un tel souci du repos de l'épouse et des joies de la mère au sein de la famille appartiennent, hélas ! à un monde imaginaire dont les exigences de la vie réelle raillent cruellement les illusions. Ces vœux sont loin de recevoir satisfaction dans une société où le mouvement industriel
s'accroît sans cesse et impose à chacun de ses membres d'impérieuses nécessités. La doctrine de l'exclusion des femmes du travail industriel présente d'ailleurs un grave danger : elle est préconisée par les congrès ouvriers, bien moins dans l'intérêt de l'ouvrière qu'en vue de détruire la concurrence de son travail. Or, cette exclusion déplacerait, dans un sens opposé, les lois de l'égale répartition des charges sociales. L'avenir de la femme, encore plus dépendant du travail et de la volonté de l'homme, en serait peutêtre moins assuré. Le partage de la peine et du labeur, suivant les aptitudes respectives, est une loi universelle de pais domestique et de sécurité générale. Restons donc dans le monde réel, au milieu des nécessités qui nous entourent, et ne tentons pas un imprudent voyage au pays des chimères.
Une question plus pratique nous préoccupe : en présence de l'influence démoralisante qu'exerce sur l'ouvrière le travail des manufactures, il est temps de se demander dans quelle mesure le législateur pont intervenir là pour sa protection? Quelles prescriptions pourrait-il efOcacement édicter pour assurer le respect des bonnes mœurs et réglementer le travail des femmes dans les ateliers?
La législation anglaise est la première entrée dans cette voie :
Dans tous les bills qui, en Angleterre, se sont, depuis le règne de Georges III jusqu'à nos jours, oc-