‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 16 sur 196 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

en se pénétrant de pensées saines et élevées, d'actes de courage, d'héroïsme, des exemples d'humanité et de vertus. Ce sont là les leçons où les enfants d'ouvriers peuvent le mieux apprendre ce qu'il leur est le plus nécessaire de connaître, c'est-à-dire : supporter virilement les épreuves d'une vie vouée au travail et à la peine.

Une grave critique est adressée, à ce sujet, à l'enseignement populaire en France ; si les études y sont en général peu conformes aux véritables intérêts et aux vues d'avenir des populations ouvrières, elles ne sont point davantage dirigées vers le goût des saines lectures. «L'ouvrier a deux moyens d'occuper ses loisirs : le cabaret et le livre. Le cabaret, qui épuise ses ressources, affaiblit ses forces et le rend au travail fatigué, exténué ; le livre, qui ravive son intelligence, repose ses forces et le renvoie à l'ouvrage plus alerte, plus habile et plus courageux : le triomphe de la civilisation ne sera définitif que quand ceci aura tué cela'. »

En parlant, dans cet excellent langage, du livre comme le plus efficace moyen de moralisation et de régénération, M. Leroy-Beaulieu parle avec raison du bon livre.

On exalterait à juste titre, à ce propos, l'exemple

î M. Leroy-Beallieu. — Vétat moral et intellectuel des populations ouvrières.

9t> LA VIE MORALE ET INTELLECTUELLE DES OUVRIERS.

de l'Angleterre, où toute une pléiade d'écrivains, que l'on pourrait appeler les éducateurs de la famille, nous offrent le modèle de petites publications saines et à bon marché, répandant les connaissances pratiques, les réflexions morales, l'exemple des hommes enrichis parle travail et l'économie. Ces publications ont ce précieux caractère d'être assez pures pour reposer constamment sur la table de travail de ia famille et pour passer alternativement, dans les lectures de la veillée, des mains de la mère à celles des enfants.

En France, cette littérature bienfaisante et moralisatrice nous fait défaut ou reste dédaignée. Les sociétés formées en vue de la propagation des livres utiles, le gouvernement lui-même n'y ont point pourvu ; le goût du public n'est nullement tourné vers cette saine littérature de la famille. La générosité ministérielle s'épuise à doter les écoles et les communes de bibliothèques populaires; mais quels livres y place-t-on? Combien ne sont pas lus, ou parce qu'ils ne peuvent être lus en famille, ou parce qu'ils manquent de cet intérêt simple , attachant , instructif, qui sait retenir le lecteur en lui parlant un langage en rapport avec ses habitudes et sa condition.

On ne saurait trop tenir compte de la curiosité malsaine, de l'attrait naturel des esprits incomplètement formés, de la tendance pour ainsi dire maladive

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