‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 151 sur 196 · CHAPITRE SEIZIÈME. 3T · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME. 3T

cupés de la réglementation du travail industriel, des articles spéciaux ont été consacrés à la police des ateliers et à la protection des femmes.

Des prescriptions minutieuses sont ordonnées, par cette prévoyante législation, pour la séparation des sexes, la surveillance des mœurs dans les ateliers, la prohibition du travail de nuit. L'observation du repos du dimanche y est assurée par la clôture des ateliers le samedi à deux heures, pour faciliter aux femmes les soins du ménage.

Les lois anglaises divisent les sujets protégés en deux catégories : les enfants, filles et garçons, de huit à treize ans; les adolescents de treize à dix-huit ans. Les jeunes filles et femmes de tout âge sont assimilées à cette dernière catégorie pour la durée et les règles du travail. Par suite, les femmes travaillent dans les mêmes limites d'heures que les enfants, c'est-àdire entre six heures du matin et six heures du soir en été, entre sept heures du matin et sept heures du soir pendant les six mois d'hiver.

La durée du travail effectif des femmes ne doit pas dépasser dix heures et demie par jour. La journée de présence de douze heures est coupée par une heure et demie de repos distribuée à divers intervalles. Le repos a lieu aux mêmes heures dans toute l'usine. Le travail des femmes ne dépasse point de cette manière un maximum de soixante heures par semaine, savoir : cinquante-deux heures et demie

pour les cinq premiers jours de la semaine et sept heures et demie pour le samedi. Il n'est fait aucune exception à la stricte interdiction du travail de nuit des femmes. La prohibition en est absolue.

Cette législation tutélaire a provoqué de nombreuses imitations chez tous les peuples du monde ; on est convaincu partout aujourd'hui de son utilité'.

En France, on le sait, notre première loi sur le travail industriel date de 1841 ; elle ne s'est occupée que des enfants. Grâce cependant à ce premier mouvement en faveur de la protection des faibles, on sentit bientôt la nécessité de porter quelque sollicitude sur la condition des ouvrières de l'industrie.

C'est d'ailleurs une loi du progrès des mœurs : la civilisation d'un peuple se mesure à l'état matériel et moral des femmes; plus cette civilisation se développe, plus la femme est éloignée des rudes travaux auxquels la misère l'assujettit et son sort amélioré.

Cette loi se trouve être en harmonie parfaite avec les sentiments instinctifs de la femme. Laissée à son indépendance, dans la libre appréciation de ses actes, quelle est la jeune fille qui ne fuirait les périls qu'entraîne après elle la fréquentation nocturne des

1 On trouvera une analyse complète des législations étranj)[ères, sur cette matière, dans l'ouvrage intitulé : Législation du travail des enfants dans les manufactures, par M^L Eugène Tallon et Gustave Maurice. — Paris, Baudry, éditeur.

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