‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 152 sur 196 · CHAPITRE SEIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIEME

ateliers? Quelle est l'épouse, quelle est la mère qui consentirait à s'absenter toute la nuit de la maison, pour aller travailler loin de l'époux et des enfants dans les manufactures ?

La révolution si profonde, opérée dans les mœurs du travail par l'introduction de la fabrication à vapeur, a seule pu jeter nuit et jour la femme et l'enfant dans la noire fournaise des usines. La puissance absorbante des moteurs mécaniques assujettit sans cesse à son action et dévore, Minotaure insatiable, la vie des plus faibles. Le législateur a dû intervenir. C'est au nom de la liberté, des droits personnels de la femme, de la défense des enfants, des intérêts les plus sacrés, que la loi protège le travail dans l'industrie.

Ainsi Fa compris la libre Angleterre, le pays le plus jaloux de l'indépendance et des garanties individuelles. Ainsi la France l'a voulu, à son tour, par un tardif retour à ses sentiments naturels d'humanité.

Emu du spectacle de douloureuses réalités, M. le baron Charles Dupin, dont le nom reste attaché aux origines d'une législation bienfaisante, réclamait, peu d'années après la promulgation de la loi de 1841, l'extension au travail des femmes de la protection accordée à l'enfance ouvrière.

Le projet de loi, présenté à la Chambre des pairs au commencement de 1847, prit cette généreuse initiative. La révolution de 1848 lui réservait, bêlas !

un prochain naufrage. A travers des vicissitudes diverses, on voit reparaître le projet de M. Dupin au sein de la commission d'assistance, en 1851; puis au Conseil d'Etat sous l'Empire, en 1868. Les événements politiques le rejettent successivement dans l'ombre. L'honneur inattendu était réservé à l'auteur de ce livre (qu'on lui pardonne ce souvenir de sa carrière parlementaire) de reprendre, de concert avec MM. de Melun et Lefébure, le projet de loi relatif à la protection des femmes, au sein de la commission chargée, en 1872, de préparer une loi sur le travail des enfants dans les manufactures. Il a eu l'heureuse fortune de faire aboutir, en partie, ce projet devant l'Assemblée nationale.

La loi nouvelle devait porter le titre de Loi sur le ti^avail des enfants, desjllles et des femmes employés dans Vindustrie. Suivant l'article premier, elle s'appliquait, sans distinction, aux filles et aux femmes travaillant « dans les manufactures, ateliers et chantiers, ou en général hors de la famille, sous les ordres d'un patron « . L'article 4 appliquait l'interdiction du travail de nuit aux filles ei femmes de tout âge. D'après l'article 5 , le travail des filles et des femmes était interdit les dimanches. Enfin l'article 7, relatif aux travaux des mines et carrières, portait cette prescription : « Les filles et les femmes de tout âge ne peuvent être admises dans ces travaux. •>■)

Page 1