‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 153 sur 196 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

Le rapport appuyait ces dispositions sur les considérations suivantes :

a Nous n'avons pas à insister sur les dangers que présente pour les jeunes filles, au point de vue moral, leur emploi dans les ateliers, la nuit; mais ce travail est plus funeste encore, s'il est possible, à l'égard des mères de famille.

«Rien ne relâche plus les liens du mariage et n'exerce sur la conduite de l'ouvrier une plus fâcheuse influence que l'absence continue de la femme de son foyer; rien n'est plus préjudiciable à la santé de l'enfant que l'éloignenient de la mère aux heures où, sous le toit commun, les membres de la famille se réunissent pour le repos. La communauté d'habitation, durant la nuit, de la famille ouvrière est le seul temps que le travail laisse libre à l'affection, aux soins, à la sollicitude pour la santé des êtres chers ; il serait cruel d'altérer ces sentiments respectables. La vie même des enfants en bas âge souffre de cette séparation ; le lait maternel ne leur manque pas impunément pendant le temps du travail, où ils gardent la crèche; le rapprochement de la mère, le repos sur son sein que ramène le soir, son retour au foyer, sont pour ces frêles créatures les sources les plus abondantes de vitalité.

Cl La suppression du travail de nuit des femmes constitue donc l'une des réformes les plus favorables aux mœurs et les plus utiles à la famille, en atta-

chant davantage la femme à son intérieur et en réservant à certaines heures aux enfants des soins essentiels. »

Malgré ces considérations, inspirées par des motifs de raison et d'humanité, nous eûmes lieu de nous apercevoir, dès la première discussion, que nos propositions sur la protection des femmes froissaient les sentiments de l'Assemblée nationale et paraissaient excessives. Elles étonnaient les meilleurs esprits et rencontraient d'opiniâtres résistances. On voulait y voir une double atteinte à la liberté des ouvrières et à la liberté des industriels; une cause irrémédiable de troubles dans l'organisation d'un grand nombre d'ateliers.

Comment de semblables préventions ne se fussentelles pas produites? La pensée d'interdire le travail de nuit aux femmes était nouvelle pour beaucoup d'esprits, même les plus éclairés. Bien peu étaient préparés à lui faire bon accueil. Avait-on en effet donné à cette pensée généreuse la maturation d'opinion qui prépare d'ordinaire les solutions législatives? Les moralistes et les publicistes français l'avaient-ils étudiée, discutée, préconisée ?

Qu'on lise les écrits, remarquables à tant de titres, de M. Jules Simon sur V Ouvrière ^ de AI. Leroy-Beaulieu sur les Ouvrières du dix-neuvième 6'ièc7g/ qu'on suive, dans leurs détails si instructifs, les monographies de M. Louis Reybaud et, en re-

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