CHAPITRE SEIZIÈME
montant plus haut, les utiles travaux de Villermé; nulle part on ne voit que la grave question de la prohibition du travail de nuit des femmes dans les ateliers ait été, nous ne disons pas sérieusement traitée, mais même effleurée. C'est à peine si on consacre, au courant de la plume, à cette grande réforme quelques ligues rapides. De là l'explication toute naturelle de rhésitation, de l'opposition vive, nous allions dire de la répugnance, que nos propositions soulevaient au sein de l'Assemblée nationale.
Malgré les vaillants efforts de notre regretté collègue, M. Wolowski , nous dûmes, pour ne pas compromettre l'ensemble du projet de loi, céder à l'opinion de la majorité. Le projet fut modifié. Les dispositions relatives au travail de nuit et au respect du dimanche, étendues aux femmes de tout âge , furent restreintes aux ouvrières mineures, au-dessous de vingt et un ans occupées dans les usines et manufactures seulement. La protection des femmes ne figura plus au projet que pour la seule prohibition des travaux souterrains. Inévitable sort de toutes les entreprises dont la conception généreuse est mal comprise ou insuffisamment vulgarisée dans l'opinion publique !
La France , en n'acceptant pas une réforme déjà accomplie par l'Angleterre et l'Allemagne, s'est ainsi attardée pour longtemps dans la voie du progrès.
L'interdiction du travail de nuit aux filles mineures a donné , il est vrai , une satisfaction relative aux mœurs et à Thumanité \ Cette mesure, disonsje à leur honneur, a été très-favorablement accueillie au sein des populations industrielles. Les ouvriers en ont immédiatement compris la portée morale et ont reconnu combien elle intéressait leur propre dignité.
Les chefs d'industrie , moins bien inspirés, n'ont point accepté sans résistances ni doléances l'interdiction du travail de nuit aux jeunes ouvrières des manufactures.
Les chambres de commerce et les chambres consultatives des arts et manufactures, appelées à émettre leur avis au cours de la discussion de la loi, ont été fort divisées de sentiment : vingt-huit chambres de commerce et trente et une chambres consultatives ont exprimé une opinion défavorable à la prohibition.Les opinions favorables émanent, à la vérité, des villes manufacturières où l'industrie occupe le plus grand nombre de jeunes filles. Citons : Alençon, Aubusson, Beauvais, Cambrai, Bordeaux, Carcassonne, Douai, Elbeuf, Marseille, Louviers, Lizieux, Reims, Roanne, Roubaix, Vienne, etc. A Paris et à Lyon, la prohibition a été approuvée en principe; on a seulement demandé la fixation de la limite d'âge à seize ans.
* Article 4 de la loi du 19 mai 1874. Bulletin des lois.