CHAPITRE SEIZIÈME
C'est donc la vie tout entière de la famille ouvrière, son bonheur intime, sa joie , son avenir, que le travail de nuit des femmes trouble et anéantit. Le maintenir, c'est causer grand dommage à l'institution du mariage, aux plus nobles sentiments de l'àme, à la moralité commune des époux. Les plus précieux intérêts de la famille ouvrière sont engagés dans cette question, et par eux les intérêts de la société '.
Les progrès de la population, la réserve des forces vives de l'industrie, l'accroissement du nombre de ses auxiliaires dépendent à leur tour des sages restrictions imposées par le législateur au travail des ouvrières. Quand la sollicitude des lois s'attache à protéger ce qui est la source même des existences humaines, le germe des populations saines et fortes, elle prépare pour la prospérité du pays toute une armée de travailleurs. Les espérances que portent en elles ces générations viriles et actives s'évanouiraient à jamais, dès le premier âge de l'enfance, si la mère, exténuée de fatigue, épuisée par un travail abusif, ne pouvait donner naissance qu'à des êtres faibles et sans vitalité.
* Les rapports des inspecteurs anglais, MM. Horner cl Backer, confirment cette appréciation; ils ont constaté que, depuis l'application de la loi de 1844, prohibitive du travail de nuit des femmes, un sensible changement s'est produit dans la condition physique et l'état moral des familles ouvrières du Royaume-Uni.
Les enfants débiles et mal constitués n'apportent avec eux, dans le bilan des forces sociales, qu'une cbarge et un embarras. Ils sont pour leurs parents une source d'éternels regrets; ils ne leur prêtent dans leur vieillesse aucune assistance; ils amoindrissent enfin, dans les éléments constitutifs d'un Etat bien organisé, la grandeur de la patrie et les instruments de la richesse nationale. Pensons ici à l'avenir même du pays.
Le législateur de 1874 s'est préoccupé également de la police des ateliers ^
On a voulu assurer, dans la mesure du possible , le respect des personnes et l'observance des règles de la morale dans les manufactures.
Les dispositions de la loi relatives aux bonnes mœurs ne sont pas comminatoires, elles ont plutôt le caractère d'un conseil; elles tiennent en éveil la vigilance des patrons.
L'avertissement trouve d'ailleurs sa sanction dans la prescription de l'affichage, dans tous les ateliers, de la loi et des règlements d'administration publique.
Les règlements d'intérêt général sont arrêtés par le Conseil d'Etat ; d'autres émanent de l'initiative des patrons. Ces règlements particuliers, les plus
^ La loi du 19 mai porte cette prescription dans son article 15 : « Les patrons ou chefs d'établissements doivent, en outre, veiller au maintien des bonnes mœurs et à l'observation de la décence publique dans leurs ateliers, s