CHAPITRE SEIZIÈME
efficaces assurément, prescrivent d'ordinaire la séparation des sexes dans les ateliers, là où les conditions de la fabrication n'imposent point impérieusement leur mélange ; ils répriment par des amendes les propos blessants pour l'honnêteté; ils fixent les heures de sortie des ateliers de manière à ce que la confusion des ouvriers et ouvrières, évitée à l'intérieur de Tusine, ne se produise point au dehors ; enfin, ils prescrivent toutes les mesures qu'inspirent aux industriels le souci scrupuleux de leur responsabilité morale et le respect des bonnes mœurs.
Nous ne saurions trop insister sur ce point. Quelle que soit l'autorité des lois, l'accomplissement des devoirs n'est pas renfermé dans leur domaine. La surveillance des mœurs relève plus de l'initiative et delà conscience des patrons que des sanctions législatives et pénales. Le choix du personnel dans un atelier est la condition première de la discipline morale. Combien d'ouvrières sont détournées d'une voie honnête par les suggestions des compagnes d'atelier; combien trouvent dans les facilités de rapports avec les ouvriers de la même usine , ou dans la communauté du travail, l'occasion qui prépare leur chute. Chose plus regrettable encore, le libertinage des ouvrières est souvent provoqué, imposé quelquefois par les contre-maîtres. La première faute commise, les pauvres filles prennent vite l'habitude de civre dans le concubinage, ou même de demander
des ressources à la prostitution. Bientôt elles tombent, par cette pente fatale, dans un état complet de dégradation physique et morale; Thabitude de la débauche succède pour elles à celle du travail. Le mal de misère attend alors sa proie et la dévore. La responsabilité des patrons dans la bonne tenue des ateliers, 'la surveillance des mœurs, le choix du personnel, est donc Tune des plus lourdes que leurimpose la tutelle morale des femmes et des enfants employés dans leurs usines. La plupart , hâtonsnous de le dire, ont conscience de la mission qu'ils ont reçue à cet égard de la confiance des familles; leurs sentiments s'élèvent à la hauteur de leurs devoirs.