CHAPITRE XVII
La vie de famille. — Le foyer. — Les vertus de la ménagère. — L'institution des crèches. — Le devoir des mères.
Le foyer, ce mot porte en soi un mystérieux attrait. A son expression se rattachent un sentiment de dignité personnelle, un souvenir ému des douces affections de l'enfance. Le foyer, se Ion les phases diverses des existences humaines, est tour à tour le berceau ou l'asile de la vie morale. Il représente, en outre, les meilleures conditions économiques de la vie matérielle.
Nous avons déjà dit combien la bonne conduite de l'ouvrier, l'emploi de son salaire aux besoins du ménage, peuvent apporter de bien-être et de satisfactions intimes dans son modeste intérieur. L'augmentation de ressources qu'ajoute au travail de l'homme le salaire gagné par la femme dans le travail des ateliers accroît sans doute ce bien-être ; mais cette amélioration est peu compensée par les charges et les difficultés créées dans la vie de famille par l'éloignement de la ménagère. La vie matérielle des époux est beaucoup plus onéreuse lorsque chacun
de son côté est obligé de pourvoir à sa nourriture, soit à l'atelier, soit dans les cantines du voisinage. L'esprit d'économie, formé par les réflexions réciproques et l'examen du budget commun, ne règne pas dans les ménages d'ouvriers quand les époux vivent isolément. La femme reste alors étrangère aux notions d'ordre, de bonne direction des intérêts collectifs ; elle s'abandonne à un dédain funeste de l'épargne ; la dissipation en est la conséquence. Souvent même il en résulte un état perpétuel de gêne et de privations.
Quand les occupations de la femme la retiennent au logis, elle peut, au contraire, exercer là, dans tout leur empire, ses facultés naturelles d'ordre et de bonne administration. Le salaire du mari, insuffisant jusque-là pour subvenir à des besoins chèrement satisfaits, prend alors, par l'utilité de son emploi, une élasticité qui lui permet de faire face aux charges collectives de la famille. La vie chez soi est d'ailleurs, personne n'ignore cette vérité économique, de toutes la moins coûteuse. Elle est aussi la plus saine, celle qui excite le moins aux entraînements des dépenses inutiles ou nuisibles.
C'est donc une heureuse fortune pour l'ouvrier de rencontrer dans sa compagne une bonne ménagère. On étendrait même, sans manquer à la vérité, cette observation à toutes les conditions sociales. Des vertus domestiques de la femme naissent les plus