‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 160 sur 196 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

mille. De là Thésitation, la lenteur à rentrer chez lui à la sortie de son travail ; de là les stations dans les cafés, où le confort, le luxe même dont on entoure le consommateur offrent un délassement immédiat après les fatigues de la journée. Ainsi naissent trop souvent, sous l'empire d'un sentiment bien naturel, des habitudes de dépenses, de dissipation, d'intempérance même, dont la charge devient ensuite dure à supporter pour les ménages d'ouvriers.

Il n'y a donc pas seulement, dans les conditions de l'habitation des ouvriers, une question d'hygiène et de salubrité; un intérêt moral s'y rattache. La loi de 1851 sur les logements insalubres a fait un premier pas dans la voie de l'amélioration du logement. Le progrès des mœurs et le développement des habitudes de bien-être feront plus encore. L'Angleterre, frappée des graves intérêts qui se rattachent aux conditions du logement des familles vivant du travail, se préoccupe en ce moment de l'amélioration des habitations ouvrières. Un nouveau bill sur cette matière a été l'année dernière adopté par le Parlement.

A toutes les expositions universelles, depuis l'Exposition de Londres en 1862, jusqu'à celle de Philadelphie en 1876, on a produit une foule de plans de maisons à bon marché pour les ménages ouvriers. On a organisé aussi des cités ouvrières.

Nous n'entendons pas revenir ici sur un sujet

dont nous nous sommes déjà occupé. Disons-le, d'ailleurs, ce sont là d'excellentes institutions, mais elles ne répondent pas toujours à ce que l'on en attend. Il n'est pas bon de cantonner la population ouvrière en masse dans des quartiers à part; les esprits s'échauffent, les cœurs s'irritent, au contact des soutfrances et de la misère. Il est plus désirable que la population ouvrière se mêle à la vie commune, à l'activité générale, au centre des grandes cités, qu'elle se confonde, en un mot, avec les éléments divers de la société. L'isolement des ouvriers dans des cantonnements spéciaux les porte facilement à croire qu'ils forment au milieu de la nation une classe à part, à concevoir vis-à-vis des autres parties de la population des méfiances injustes, et même à en venir à un antagonisme déclaré. Cet état de séparatisme est de nature à amener quelque jour nos ouvriers à se retirer, comme le peuple de Rome, sur un mont Aventin, pour dicter leurs conditions à la République. Il est mieux, à notre sens, de placer d'une manière générale sous la protection des lois d'hygiène et de salubrité l'habitation des ouvriers, tout en laissant au choix de chacun, à l'initiative des entreprises de construction, au progrès général, le soin de les pourvoir du logement, suivant leurs préférences personnelles , dans tous les quartiers des grandes villes.

Les ouvriers sont d'ailleurs portés d'instinct à se

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