CHAPITRE DIX-SEPTIÈME. 39S
sont obligées de les allaiter tout en travaillant dans les ateliers pour suppléer à Tinsuffisance du gain de leur mari. Alors on remet les enfants entre les mains des gardeuses. Celles-ci les négligent, ou, pour se débarrasser de leur cbarge, elles les endorment avec des narcotiques. Lourd sommeil qui devient avant peu le sommeil de la mort.
L'admirable institution des crècbes vient en aide aux mères ouvrières. Dans ces asiles de la charité, de pieuses femmes recueillent et soignent les enfants en bas âge que leur confient les mères en se rendant à l'atelier. Dans les intervalles du travail, les mères accourent pour donner leur lait à l'enfant. Ainsi, ces pauvres femmes ne sont point privées des joies de la maternité tout en ne perdant pas le bénéfice du travail.
L'œuvre des crèches, fondée au commencement de ce siècle, par un homme de bien, M. Marbeau, dont on ne saurait trop rappeler le nom, a poussé par une génération spontanée sur les nécessités de la vie industrielle. Cette bienfaisante insti-
mêmes conditions sont constatées dans les dix départements du bassin du Rhône et dans la région voisine de Lyon et de Marseille. Ce sont les enfants d'ouvrières qui payent ce sombre tribut à la mort.
M. Bertillon a calculé qu'en réduisant cette mortalité de moitié, par des soins appropriés à l'hygiène de la première enfance , comme cela est possible , on conserverait à la France seize mille erfants par an. La moitié de la population du premier âge de notre regrettée Alsace.
tution s'est rapidement développée. On compte dans Paris 26 crèches dispersées dans différents quartiers. C'est encore trois fois moins que ne le comporterait l'énormité des besoins; que le réclame surtout la nécessité de faire disparaître les garderies mercenaires, tombes toujours béantes des enfants du jeune âge.
L'institution des crèches n'est pas cependant, comme la plupart des nobles inventions du génie de la charité, à l'abri de tout inconvénient. Créées pour prévenir les dangers de l'abandon des enfants pendant les heures consacrées par les ouvrières au travail industriel, elles accroissent la tendance de beaucoup de femmes à se dégager des soucis de la maternité pour rechercher un travail rémunérateur. La facilité et la sécurité que donne le dépôt de l'enfant entre des mains soigneuses portent souvent les ouvrières à s'affranchir des responsabilités et des devoirs que leur condition de mères leur impose.
Quelques-unes même tiennent pour dus les secours de la crèche et les considèrent comme une obligation de l'État; elles les réclament comme un droit. Par là s'affaiblissent ces liens de constante sollicitude, de tendresse, d'affection, qui unissent étroitement l'enfant et la mère. Par là est étouffée la voix du sang, voix impérieuse qui parle un jour au cœur des enfants et leur rappelle tout ce qu'ils doivent à l'amour maternel. Par là encore , la mère