‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 163 sur 196 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

ne fait pins couler avec son lait dans les veines de ses fils le sentiment réciproque d'un instinctif attachement.

A Dieu ne plaise que nous voulions décourager de louables et pieuses initiatives. La charité accomplit une œuvre salutaire et bénie. La faute est à qui n'en sait point recueillir les fruits. Souvent, hélas! les œuvres les meilleures de l'assistance mutuelle énervent les courages dans les épreuves de la vie, et portent trop facilement à compter sur l'appui de la société ceux qui trouveraient en eux-mêmes , avec une volonté ferme, des forces suffisantes de relèvement et de salut.

Nous avons imputé au travail des manufactures la plus grande part des souffrances de l'ouvrière. Il n'y a ni injustice ni exagération à mettre à sa charge la plupart des atteintes portées, dans la vie industrielle, aux sentiments de famille. Ce n'est point seulement dans le jeune âge de l'enfant que l'ouvrière en est séparée. Le travail industriel le lui enlève bientôt, l'absorbe, l'énervé, parfois le pervertit; un vide, chaque jour plus profond, se creuse entre ces âmes.

Les femmes d'une condition sociale élevée redoutent pour leurs fils l'éloignement , l'isolement, en un mot, le collège ; elles tiennent à bon droit à ce que ces enfants restent enveloppés le plus possible de l'atmosphère de la famille, qu'ils vivent de

sa vie et de ses exemples. Leur instinct maternel ne les trompe pas ; elles sentent bien que toute séparation entraîne à sa suite l'inévitable détacbement des affections du premier âge, l'amoindrissement des salutaires influences du cœur. « L'air que nous respirons, dit avec raison M. de Gasparin \ agit plus sur nous que les leçons ; les exemples nous frappent plus que les préceptes, et l'on apprend plus en regardant agir ses parents qu'en les écoutant parler. La mère ne pourra pas toujours cacber son enfant dans ses bras; il recevra les enseignements de la vie, et les meilleurs vont lui manquer; ce n'est pas tout d'avoir une mère, il faut avoir une famille. «

C'est à la fois l'éducation de l'exemple et du précepte que la mère donne à son enfant quand elle a le bonbeur de pouvoir veiller constamment sur son berceau et de garder sa jeunesse dans l'air ambiant du foyer. L'ouvrière ne peut jouir de ces avantages, si précieux au cœur d'une mère, qu'en se livrant à des occupations qui la retiennent elle-même à son domicile. De là, au point de vue de l'éducation des enfants, du devoir des mères, des influences de la famille, la grande supériorité du travail à domicile sur le travail industriel. Sans faire ici la part des dangers que court lui-même l'enfant dans les

^ La Famille, ses devoirs , par le comte de Gasparin.

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