‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 164 sur 196 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Les associations ouvrières. — Le compagnonnage. — Les confréries. — Les sociétés de secours mutuels. — Les cercles ouvriers. — Les cercles catholiques d'ouvriers.

L'idée d'association exerce une séduction particulière sur l'esprit des ouvriers; ils s'y attachent avec ardeur et conviction. L'association est pour la vie extérieure de l'ouvrier ce que la famille est pour sa vie privée, tour à tour un appui moral, un refuge, un levier d'action.

Réduit en effet à ses propres forces, à ses ressources personnelles si restreintes, l'ouvrier se sent isolé et faible dans la société; il s'effraie de l'avenir en face de la puissance des entreprises industrielles, alimentées par de grands capitaux et employant des bras nombreux, en face d'un salaire parfois insuffisant pour l'épargne et du chômage menaçant.

Cette incertitude, ces appréhensions sur ce qu'il deviendra, sur ce que deviendra sa famille le jour où ses forces trahiront ses efforts, obsèdent la pensée de tout homme, vivant du salaire, d'une préoccupation constante, fatale, le dominent, Téga-

rent et le livrent à toutes les chimères inventées par les agitateurs.

L'ouvrier, sous cette impression constante, cherche à resserrer avec les hommes de sa condition les liens de la camaraderie, de la solidarité d'intérêts. Sous l'influence des mêmes préoccupations, il fait bon marché de son indépendance personnelle et de la liberté de son travail ; il est prêta les lier au joug de la collectivité.

Ce sentiment est quelquefois poussé à l'extrême. En parcourant les écrits dans lesquels sont exposées les opinions des ouvriers sur l'organisation de l'industrie , on constate qu'un certain nombre des articles de leur programme tendent à la négation de la liberté du travail. Les rapports des délégations ouvrières à l'Exposition de Londres, à celle de Paris, à celle de Vienne en portent également la trace. Dans plusieursde ces rapports, lanotion de l'idée de liberté est entièrement obscurcie par celle de solidarité, de communauté d'efforts, de mutualité d'intérêts entre ouvriers du même état. La liberté industrielle à son tour devient l'objectif d'attaques passionnées. Ainsi les délégués de Paris, en 1867, n'hésitaient pas à se prononcer contre l'usage des machines.

Les ouvriers, il est vrai, sont revenus depuis à une plus saine notion des lois économiques et des avantages résultant pour eux-mêmes des procédés nouveaux de l'industrie. Un grand nombre con-

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