CHAPITRE DIX-HUITIÈME
servent néanmoins des préventions contre les transformations de V outillage et le mouvement du capital industriel. Sous l'empire de ces préventions, ils sont d'autant plus portés à se réunir, à se concerter, à se grouper pour organiser des moyens de résistance contre le développement de cette double puissance.
Ainsi la condition de l'ouvrier, dans la vie industrielle moderne, le porte à éviter l'isolement , à douter des forces individuelles et à sacrifier parfois à ce sentiment ses affections et son indépendance. Même marié, il s'éloigne de la famille pour s'attacher à la société des compagnons de travail; il cherche moins à resserrer les liens d'origine, de parenté, d'amitié naturelle que les relations d'atelier et d'association qui se forment entre ouvriers du même état.
L'appui moral et matériel, que trouvaient autrefois les ouvriers auprès des patrons, leur fait le plus souvent défaut; les rapports deviennent de moins en moins fréquents et de plus en plus tendus entre eux. Le patronage, l'autorité toute paternelle du maître sur l'ouvrier ont disparu de la société moderne quand ont disparu les anciennes institutions corporatives, nées elles-mêmes de ce besoin d'assistance mutuelle si dominant dans la vie ouvrière.
Toutefois les mêmes besoins subsistent , aussi réels, aussi opiniâtres; la forme seule de l'association a changé.
Partout, on voit apparaître , avec le regret de risolement actuel de l'ouvrier, un sentiment de retourversdes institutions imprudemment abolies.
Si partisan queTon soit d'ailleurs de la liberté individuelle du travail, formulée au nom des intérêts, de l'indépendance et de la dignité de l'ouvrier, il paraîtrait difficile de ne pas tenir compte, au point de vue moral, de l'influence qu'exerce dans les populations laborieuses l'esprit d'association. L'attention est ainsi naturellement portée sur les formes les plus saillantes et les plus manifestes des associations ouvrières. Ne se produisent -elles pas d'ailleurs d'une manière trop oslensible pour échapper au regard et se soustraire aux investigations?
Les formes les plus usuelles des associations ouvrières sont au nombre de trois : les sociétés de secours mutuels, les cercles ouvriers, les chambres syndicales.
Examinons le caractère, le but et les résultats de ces institutions. Mesurons l'action morale qu'elles exercent sur la population ouvrière.
Au premier rang se placent les sociétés de secours mutuels. L'origine de ces sociétés est fort ancienne; leur organisation régulière et définitive ne remonte cependant qu'au commencement de ce siècle.
L'association a fait ses meilleures preuves d'utilité par les sociétés de secours mutuels. C'est là