CHAPITRE DIX-HUITIÈME
de chaque société sera nommé par le pouvoir exécutif. Ainsi la formation et la direction des sociétés de secours mutuels passaient entièrement dans les mains de l'État. On voulait par ce moyen créer un vaste réseau de surveillance sur les populations ouvrières de tout le territoire. Pour réaliser ces vues, un crédit de dix millions était ouvert, dans le même décret, afin de favoriser, par des subventions, la création des sociétés d'assistance mutuelle. Un droit de dissolution et de suspension était, en outre, mis, par l'article 16, à la disposition des préfets.
La lé^^islation étroite et autoritaire de 1852 n'a point répondu aux espérances de ses auteurs. Les sociétés de secours mutuels ne se sont en général formées que dans les centres industriels ou dans les communes populeuses; là elles ont échappé à l'influence administrative. Un abus, d'une nature opposée, s'y est même manifesté. Ces sociétés ont subi, en plus d'une localité, l'influence de la politique démagogique ; et, sur quelques points, des germes de désunion ou de coalition sont nés tour à tour dans leur sein. Ces exceptions locales et passagères ne sauraient cependant mettre l'esprit en défiance contre une institution dont on doit attendre, avec le temps, pour la condition des populations laborieuses, les améliorations les plus considérables que comporte notre organisation sociale.
Ce mode d'association, par son caractère de mutualité et de fratcrnilé, est le plus conforme aux préférences et aux mœurs de l'ouvrier. Il a d'ailleurs dans l'histoire nationale ses précédents et sa tradition. On en retrouve la conceplion première dans Tinstitulion du compagnonnage ; association pratiquée, depuis les temps les plus reculés, entre ouvriers du même état,dansun but d'aide, de défense et d'assistance mutuelle,
La légende se mêle à l'histoire dn compagnonnage. On fait vemoniQv k Salomon ses origines primitives. Le grand roi d'Israël aurait donné aux ouvriers du Temple, pour récompenser leurs travaux, un devoir ou doctrine. Deux d'entre eux, maître Jacques et maître Soubise, venus des Gaules pour édifier les colonnes du Temple, en auraient été, de retour dans leur pays, les apôtres et les propagateurs.
De là trois corps principaux dans le compagnonnage : 1" les enfants de Salomon, se composant, des tailleurs de pierre, compagnons étrangers, dits les loups; des menuisiers et serruriers du devoir de la liberté, dits gavots; et des charpentiers, dits renards de la liberté ; 2" les enfants de maître Jacques, se composant, des tailleurs de pierre, compagnons passants, dits les loups garoux, et des menuisiers et serruriers du devoir, dits les dévorants: beaucoup d'autres professions se rattachèrent plus tard à cette association; 3* les enfants du