CHAPITRE DIX-HUITIÈME
père Soubise, comprenant les charpentiers, compagnons passants ou drilles, auxquels se sont réunis plus tard les couvreurs et les plâtriers.
Les rubans, la canne, Féquerre, le compas, les boucles d'oreille sont les marques distinctives des compagnons. Le topage est le signe de reconnaissance entre affiliés d'un môme corps. Du reste, ni mystères, ni charlatanisme dans ces honnêtes réunions ouvrières. Chaque société a son organisation, sa caisse à part, ses chefs élus, ses règlements spéciaux; toutes obéissent à une règle générale. La société exerce sur ses membres un contrôle moral, elle garantit leur salaire, leur procure du travail, les empêche de contracter des dettes, les secourt en cas de chômage, de maladie, de voyage. La société assure encore à chacun le gîte chez la mère, et lui facilite l'embauchage, dans toutes les stations du tour de France. Si un membre meurt, on lui rend les honneurs funèbres à l'église et au cimetière; s'il manque au devoir, on l'expulse honteusement de l'association.
A toute époque surgirent, entre compagnons du même devoir, des querelles suivies de sanglantes mêlées, quelquefois même d'assassinats. Les annales des causes célèbres, de 1833 à 1844, ont été remplies des faits et gestes du compagnonnage. Ces luttes ont eu lieu surtout entre compagnies rivales. Plus d'une fois, pour y mettre fin, les com-
-pagnons OUÏ joué la ville ^ c'est-à-dire le droit de résidence, sur la production d'un chef-d'œuvre exécuté par les meilleurs ouvriers du devoir. Un jury décidait du mérite de l'œuvre et les vaincus quittaient la ville. Les compagnons passants, tailleurs de pierre, ont dû abandonner ainsi, pour un siècle, la ville de Lyon avec les compagnons étrangers.
Les divisions du compagnonnage ont éloigné de ses associations beaucoup d'ouvriers honnêtes. Cette institution tombe de nos jours en désuétude pour faire place aux formes nouvelles de l'association, plus pacifiques etplus respectueuses de la liberté de chacun.
A côté des libres associations, entre ouvriers du même devoir^ se formaient, sous l'influence de l'Eglise, les confréries d'artisans et de corps de métiers. Le caractère des confréries se rapproche très-intimement de celui des sociétés de secours mutuels. Chaque ville, chaque village, au quatorzième siècle, voulut posséder sa confrérie. Les unes étaient formées par esprit de dévotion et dans le but de propager les vertus chrétiennes; les autres, organisées uniquement entre maîtres et ouvriers d'un même état, avaient principalement pour objet la défense des privilèges professionnels. La formation de ces associations était soumise à l'approbation de l'évêque. Toutes se plaçaient sous l'invo-