‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 169 sur 196 · CHAPITRE UIX-HUITIÈME. 4U · texte numérisé non relu

CHAPITRE UIX-HUITIÈME. 4U

cation d'un saint dont elles déployaient la bannière aux jours de grandes solennités.

Les premières sociétés de secours mutuels succédèrent directement au compagnonnage et aux confréries. On constate leur existence, dans les Flandres françaises, à Lille, dès 1581. A Paris, la société de Sainte-Anne, la plus ancienne de toutes, fait dater son origine de 1694. L'Allemagne et l'Angleterre possédèrent bientôt des institutions analogues. Le premier bill décrété par la Chambre des communes, dans le but de favoriser la formation des associations mutuelles de bienfaisance, fut présenté en 1773. On y voyait, dès cette époque, l'un des plus efficaces moyens de développer l'esprit d'ordre et d'économie au sein des classes ouvrières. La Chambre des lords rejeta cependant à deux reprises différentes, par crainte de l'influence de ces associations nouvelles, les propositions des communes; elle finit par céder à la pression de l'opinion.

En France, l'association mutuelle eut un sort moins heureux. La Convention, par la loi du 14 juin 1795, la confondit dans une même proscription avec les confréries et les corporations. On croyait ainsi assurer l'affranchissement du travail. A peine cependant la tempête révolutionnaire étaitelle apaisée que l'on vit la tradition reprendre son empire et les anciennes associations revivre sponta-

nément. Elles se reformèrent sous rinvocation d'un patronage religieux, dans plusieurs villes du Midi ; à Paris, elles se sécularisèrent, d'une manière définitive, sous le nom de sociétés de secours mutuels.

La progression de ces fondations a été rapide. En 1822, on comptait déjà 132 sociétés de secours mutuels comprenant 10,350 adhérents. Ce chiffre grandissait constamment, et trente ans après, au 31 décembre 1851, il ne s'élevait pas à moins de 341 sociétés, réunissant 43,874 associés. Les sociétés disposaient d'un budget de recettes annuelles de 1,22 1,000 francs, ayant pour garantie une caisse de 5,000,000; elles dépensaient 835,000 francs par an. Depuis, l'impulsion a été plus vive encore.

A l'époque de l'Exposition universelle, en 1867, on évaluait à 2,700 le nombre des sociétés de secours mutuels existant en France; on estimait le chiffre de leurs adhérents à 350,000, et la valeur du capital social à 10,000,000 de francs.

Ces sociétés se divisent actuellement : en sociétés approuvées, conformément au décret du 26 mars 1852; sociétés autorisées d'après les articles 291 et 292 du Code pénal; enfin, sociétés déclarées d'utilité publique.

Aujourd'hui , le nombre total des sociétés de secours mutuels est de 5,777, se décomposant ainsi : sociétés approuvées 4,194, et sociétés autorisées 1,583, Le nombre des membres de ces so-

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