CHAPITRE DIX-HUITIÈME
les soins des sœurs, les remèdes du pharmacien de la Société et les frais de séjour au siège social.
Eu cas de chômage, Touvrière associée peut occuper gratuitement, si elle le désire, pendant un mois, un lit au siège social; elle y trouve, en outre, la nourriture à des conditions de grande économie. Les jeunes filles associées peuvent, à leur gré, passer dans l'établissement la journée du dimanche; elles y prennent entre elles, au milieu d'installations convenables et confortables, les divertissements de leur âge, et y jouissent des meilleures ressources de la vie de famille.
Comment s'expliquer, en face des avantages constatés par une longue expérience des sociétés de secours mutuels, les dédains des syndicats et des congrès ouvriers pour ces populaires institutions? Il semble que leurs résultats pratiques portent ombrage aux partisans de ce que M. Cernuschi, dans un écrit qui a fait tapage, n'a pas craint d'appeler par son nom, r Illusion des sociétés coopératives. Illusion, en effet, que ces sociétés de consommation, de crédit ou de production, que l'on prétend opposer à l'association de secours mutuels et dont l'histoire, depuis 1848, a été écrite par de lamentables dénouements. Le plus souvent^ les sociétés coopératives sombrent par la division des associés, l'ignorance des affaires, la mauvaise gestion, parfois la malversation. Si elles réussissent tempo-
rairement, leur succès tient au dévouement de quelques hommes; eux écartés ou disparus, on voit crouler pitoyablement l'édifice un moment soutenu par des mains vigoureuses. Souvent aussi, ces sociétés dégénèrent en associations de patrons; elles deviennent, à la grande horreur des sectaires, la proie de l'infâme capital. C'est que pratiquement, s'il est facile de former une société avec le capital argent, matière malléable, exploitable et souple, c'est une œuvre fort épineuse, au contraire, de la rendre viable quand on opère sur le capital travail. On se heurte alors aux difficultés de caractère, à l'insouciance, à la paresse, à l'insubordination, à la méfiance, et l'association s'effondre dans la lutte et le conflit des volontés rivales.
Un orateur désillusionné le disait au congrès de la rue d'Arras, en parlant au nom des ouvriers peintres en bâtiments ' : « Nous perdons de plus en plus la foi dans l'idée coopérative... Selon nous, cette forme de l'association ne peut pas garantir au prolétariat, en lui conservant la liberté qui lui est si chère, l'augmentation de bien-être, d'instruction, de loisir qu'il réclame... J'ai cru à la coopération, je n'y crois plus... Je ne partage plus ce que j'appelle les illusions des coopérateurs. »
Ce discours a été médiocrement accueilli, quoi-
1 M. FixAvcE. Séance du 8 octobre 1876. Compte rendu du journal La Tribune.