‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 173 sur 196 · CHAPITRE DIX-HLITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HLITIÈME

plus, une cotisation mensuelle qui varie de 1 à 5 francs.

En cas de maladie, tout associé reçoit, à titre gratuit, les médicaments et les soins du médecin; plus, 12 francs par semaine pour subvenir aux besoins de sa famille. S'il meurt, la caisse du cercle paye les frais d'enterrement, les vêtements de deuil pour la veuve et les enfants; elle fournit à ceux-ci un secours qui n'est jamais inférieur à 100 francs.

Les cercles marseillais rendaient jusqu'à ces dernières années de grands services à leurs membres ; depuis quelque temps, la politique s'est introduite dans ces réunions, et plusieurs ont dû être dissoutes. Une plus grave critique s'élève contre ces associations : elles sont contraires à la vie de famille. L'ouvrier célibataire y trouve, sans doute, d'honnêtes distractions et a intérêt à en faire partie ; le cercle lui convient à merveille : il le détourne du cabaret, lui donne des habitudes de sociabilité, de décence , de culture intellectuelle ; il le civilise et adoucit sa rude nature.

Le cercle ne peut, au contraire, convenir à l'homme marié. Pour lui, on doit chercher ailleurs de plus salutaires agents d'amélioration et de progrès des mœurs. Le père de famille, par une fréquentation trop assidue du cercle, en arrive insensiblement à délaisser son foyer, sa femme, ses enfants. Il y contracte des habitudes de dissipation ou de dépenses

dont la charge tôt ou tard retombe sur la vie du ménage.

Nous ne pouvons passer sous silence les efforts tentés, dans ces dernières années, pour la création des cercles catholiques d'ouvriers à Paris et dans les principales villes de France. Des hommes de bien, à la tête desquels se distingue avec éclat M. de Mun, ont entrepris pour cette œuvre un généreux apostolat. Le but moral et religieux de l'institution est ici hautement avoué ; il en est l'àme et l'inspiration.

Cependant, malgré des manifestations où l'on n'a pas compté moins de 1,500 ouvriers, comme à la réunion de Fourvières à Lyon, en septembre^lSTG, les cercles catholiques n'ont pas réuni encore un nombre assez considérable d'adhérents, leur action n'est point encore assez développée, pour que l'on puisse utilement apprécier leur influence sur les habitudes et le progrès moral des populations ouvrières.

Puissent les initiateurs de cette œuvre de propagande morale et religieuse accomplir tout le bien dont ils portent dans leur cœur la conception élevée ! Puissent-ils surtout, dans leur ardent prosélytisme, ne point amoindrir l'influence de cette autre association, sacrée entre toutes, à laquelle les décrets de la Providence ont prédestiné toute existence humaine, la famille !

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