CHAPITRE XIX
Les associations syndicales. — Les chambres de patrons. —
— Les syndicats ouvriers. — La législation de l'association.
— Le projet de l'union républicaine. — La loi à faire.
De toutes les formes de rassociation , les syndicats corporatifs ou chambres syndicales sont actuellement le plus en faveur auprès des ouvriers. Le mouvement syndical, suivant l'appellation des rapporteurs des délégations, s'accentue de jour en jour davantage. Nous avons déjà montré, chemin faisant , l'influence qu'exercent les associations syndicales sur les opinions et les tendances delà population ouvrière , et plus spécialement sur les ouvriers de Paris. Nous les avons vues à l'œuvre en matière d'instruction, d'enseignement professionnel, d'organisation corporative. Le moment est venu de mettre en lumière l'origine, l'organisme et le fonctionnement des syndicats, pour bien préciser ensuite leur portée, leur caractère, leur condition légale.
Les chambres syndicales sont des associations professionnelles de patrons ou d'ouvriers, composées de représentants nommés par les membres d'un même corps de métier.
Les chambres syndicales de patrons, constituées les premières à Paris, sont actuellement au nombre de cent vingt-deux. L'origine de la plus ancienne d'entre elles, celle des entrepreneurs de maçonnerie, remonte à 1809. Ces associations ont été pour les patrons de l'industrie parisienne la revanche de la loi de 1791. La Révolution avait dépassé son but : en supprimant la corporation privilégiée, elle avait proscrit l'association libre. Les industriels l'ont reconquise par l'organisation des syndicats professionnels. Pour fortifier leur possession, les associations patronales se sont reliées entre elles par un comité central de direction dont le but est de solidariser leurs intérêts et de concentrer leur action. Cette sorte de fédération industrielle se divise en deux groupes importants, connus sous les noms iVUîiioii nationale et de Chambres de la Sainte- Chapelle; elle compte 10,000 adhérents sur les 38,000 chefs d'usine et les 62,000 patrons de petits ateliers appartenant à l'industrie parisienne. Les tribunaux de commerce, à Paris et dans plusieurs grandes villes, ont spontanément consacré l'existence des chambres syndicales de patrons en leur confiant diverses missions d'expertise ou d'arbitrage sur les difficultés relatives aux salaires ou aux marchés dans chaque industrie. On se plaît à reconnaître le soin et l'équité qui ont présidé à l'accomplissement de ces missions. Les associations patro-
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nales se sont particulièrement développées à la suite des grèves qui ont, de 1850 à 1870, troublé l'industrie française. Elles se sont, dès lors, plus fortement organisées pour la défense de leurs droits et le maintien du taux des salaires. Aujourd'hui les chambres syndicales de patrons ont une possession acquise assez forte pour que nul ne songe à les troubler dans leur domaine.
La fondation des chambres syndicales d'ouvriers a pris naissance, au sein des corporations professionnelles, à l'imitation des associations de patrons. La formation des unes entraînait, par voie de conséquence, l'organisation des autres. Un sentiment de justice la commandait. Contre la ligue du statu quo, dans le champ clos du salaire, devait inévitablement être soulevée la coalition pour son progrès. Soustraire les combattants à la lutte eût été du même coup s'obliger à imposer des lois invariables au prix des objets de consommation. Cela étant impossible, les ouvriers ont légitimement opposé, depuis 1866, à chaque chambre de patrons un syndicat représentant leurs intérêts professionnels. De tous côtés aujourd'hui l'élan est donné, il n'existe plus un corps de métier qui ne possède déjà ou ne tente d'organiser une chambre syndicale. A Paris, on n'en compte actuellement pas moins de 92, représentant plus de 100,000 adhérents.
Les chambres syndicales sont pour la plupart
composées de 15 à 18 membres ou syndics, d'un secrétaire et d'un trésorier. Elles sont nommées par un groupe ou assemblée d'ouvriers delà même profession. Les fonds qui alimentent les dépenses de l'association sont fournis par un droit d'admission et des cotisations mensuelles. Des receveurs sont placés pour recueillir ces cotisations dans chaque quartier ou même dans chaque atelier. Une commission de contrôle est également nommée, en assemblée générale, pour surveiller l'emploi des fonds.
Les attributions conférées par la corporation aux chambres syndicales ne sont ni fixes ni bien nettement déterminées. On donne en principe, aux représentants de l'association, le mandat général de défendre les intérêts ou d'améliorer la position des membres de la même profession unis dans un sentiment d'aide mutuelle. Leurs attributions comprennent ' suivant le programme radical :
1° Toutes les modifications relatives au taux des salaires et aux usages du travail professionnel;
2" La résistance à V industrialisme ;
3" L'action sur le gouvernement pour la défense et la protection de la profession ;
4° La régularisation de l'offre et de la demande du travail ;
^ Les Chambres syndicales, par Louis Pauliat.