CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
5® La juridiction corporative.
On place encore, dans les attributions de second ordre, le règlement des tarifs, l'organisation de Tatelier social et coopératif, les affaires contentieuses, le bureau de placement, le soin de l'outillage.
La plupart des associations syndicales se sont senties gênées dans ce cadre déjà assez large d'attributions; elles en ont agrandi les proportions. Ainsi, les syndicats ouvriers ont considéré les questions de l'instruction , la fondation des écoles professionnelles, la nomination de délégués aux expositions ou aux congrès, comme rentrant dans leur sphère d'action. On voudrait vainement nier que ces syndicats ont mis ouvertement le pied dans le domaine de la politique '. Nous en avons pour preuve : leurs encouragements à la presse radicale, les principes proclamés dans leurs programmes, les souscriptions recueillies en faveur des déportés, les manifestations aux enterrements civils, leur action patente dans les réunions publiques, et occulte dans les comités électoraux.
En présence de ces agissements du mouvement syndical et de son intrusion dans un ordre d'idées qui ne se rattache ni directement ni indirectement
1 Cette prétention n'est pas seulement formulée par les intéressés ; elle a trouvé un appui inattendu auprès de la Société d'économie charitable. Voir à ce sujet l'intéressante publication de M. Fernand Desportes : La Question sociale et les syndicats ouvriers.
aux intérêts professionnels des ouvriers, on serait tenté de mettre en doute et de contester les résultats utiles des associations syndicales. L'épreuve faite de l'association, sous celte forme, n'a pas été, à vrai dire, très-satisfaisante; mais quels que soient les mécomptes éprouvés, les fautes commises, on ne peut nier qu'il n'y ait là une institution féconde, propre à faire germer quelque bien.
Au point de vue des intérêts purement professionnels, on trouverait cependant de plus grands avantages à former des syndicats mixtes composés mi-partie d'ouvriers, mi-partie de patrons. On estime que ces syndicats constitueraient l'un des plus efficaces moyens de faire cesser les malentendus, l'antagonisme même, qui se produisent entre le capital et le travail. Les syndicats professionnels formeraient ainsi des conseils d'arbitrage , analogues aux conseils de prud'hommes. On réclame pour eux le droit déjuger tous les différents survenus sur le règlement des salaires , entre ouvriers et patrons d'une même industrie, membres de l'association. Leurs attributions seraient même étendues sur le domaine de l'éducation professionnelle.
Les syndicats mixtes marqueraient, on le voit, sous cette forme, un retour peu dissimulé aux anciennes juridictions corporatives.
Les économistes du congrès catholique de Reims,