‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 177 sur 196 · CHAPITRE DIX-^VEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-^VEUVIÈME

€11 août 1875, sont allés plus loin. Ils ont formulé un vœu en faveur du rétablissement des corporations, fondées" sur l'esprit chrétien » et appropriées aux conditions nouvelles de la société moderne. « Il s'agit, disaient-ils, de reformer la corporation en n'en prenant que ce qu'elle avait de bon ; il s'agit de rétablir l'association, afin de ramener la mutualité et la solidarité; il s'agit de coordonner le patronage avec l'association, afin de lier entre eux, par des obligations réciproques, les divers rangs de la société et d'en former ainsi un faisceau indestructible.»

Ainsi, par un singulier rapprochement, le retour vers les formes anciennes de l'association, l'engouement spontané des institutions abolies du passé, se manifestent, en même temps, dans le parti radical par les revendications des délégations ouvrières, et au sein des congrès catholiques. N'est-ce pas la preuve évidente que la réalisation de ces vœux, au fond, répond à un sentiment, on pourrait dire à un besoin général ?

Reportons-nous à l'histoire dont on tente aujourd'hui de remonter le cours. Les corps d'état avaient, dans le passé, sollicité du pouvoir royal les règlements corporatifs pour protéger leurs franchises et opposer des barrières aux entreprises et à la domination du droit féodal. Aujourd'hui, au milieu des révolutions économiques qui ont bouleversé le monde de la production, la liberté individuelle du travail

se trouve désarmée en face des grands monopoles de l'industrie, des chocs menaçants du capital et du travail. Une puissance plus terrible encore, la concurrence, lutte contre eux et brise leurs efforts dans le champ de bataille transformé et agrandi des intérêts commerciaux et industriels. Les ouvriers d'un même état sentent, contre ces forces inéluctables, la nécessité de se raffermir par le groupement. De là leur tendance à restaurer, dans le syndicat corporatif, une institution qui n'est, en réalité, qu'une forme nouvelle de l'ancienne corporation. Ce n'est pas qu'ils entendent aliéner les droits de la liberté du travail ; mais ils ont reconnu que, en voulant abaisser les barrières du monopole, on a livré la location de la main-d'œuvre au jeu variable de l'offre et de la demande. D'incessantes fluctuations avilissent ainsi ou élèvent tour à tour le taux des salaires. Somme toute , les ouvriers ont plus souffert de la concurrence qu'ils n'ont profité de la liberté.

Les corporations et les jurandes , désorganisées d'abord par l'édit de Turgot, furent emportées par la Révolution dans la célèbre séance du -4 août 1789. Les lois du 22 octobre 1789, 18maiet 19 juin 1791 enveloppèrent ensuite dans une même proscription les corporations privilégiées elle droit d'association. En voulant atteindre un but légitime, la liberté du travail, on le dépassa.

L'Assemblée nationale frappa l'association dans

Page 1