‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 179 sur 196 · CHAPITRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIÈME

relises, les associations ouvrières seules, juscju'a ce jour, n'ont pu faire reconnaître leur droit à l'existence. Elles vivent au jour le jour, d'une vie aventureuse et compromise, sous le régime périlleux de la tolérance ou, pour mieux dire, de l'arbitraire. Ces associations se sont imposées au régime impérial par le nombre de leurs adhérents etl'imporlance de leurs groupements dont on avait à ménager l'influence. 11 parut difficile alors de donner ouvertement un démenti trop brutal au programme plébiscitaire, dans lequel apparaissaient avec un merveilleux effet Vémancipation des travailleurs y les franchises du travail y l'initiative des producteurs. Ainsi, à la faveur tout à la fois des agissements administratifs et de l'assentiment accordé par le gouvernement aux chambres syndicales de patrons, les chambres oufrières ont pris place au soleil. La loi, désarmée par l'usage, serait désormais, de l'aveu même des circulaires ministérielles, impuissante à remonter le courant irrésistible qui entraîne actuellement les ouvriers vers l'association.

Dès 1868, m. de Forcade la Roquette, alors ministre de l'intérieur, confessait la nécessité de l'assimilation des chambres syndicales d'ouvriers à celles de patrons. Il reconnaissait aux ouvriers le droit de se constituer en syndicats; il y voyait une œuvre de justice et d'égalité pour la protection de leurs intérêts.

a En adoptant, disait le ministre, les mêmes règles pour les ouvriers que pour les patrons, Fadministration n'aura pas à intervenir dans la formation des ciiambres syndicales; elle ne serait amenée à les interdire que si, contrairement aux principes posés par l'Assemblée constituante dans la loi du 17 juin 1791, les chambres syndicales venaient à porter atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie, ou si elles s'éloignaient de leur but, pour devenir à un degré quelconque des réunions politiques non autorisées par la loi.

« Mais les ouvriers seront les premiers à comprendre que leur intérêt même est engagé à maintenir le caractère purement professionnel de leurs réunions. »

Ce projet, dont on ne pourrait sans injustice méconnaître le sage esprit de prévoyance , n'a point reçu d'exécution. -L'arbitraire le plus absolu n'a cessé de régner, depuis cette époque, dans la conduite de l'administration à l'égard des chambres syndicales. Les rapports de la préfecture de police au gouvernement affirment, dit-on, que la législation est parfaite, qu'il est inutile de la modifier. On peut, assure-t-on , avec cette arme quelque peu ébréchée , faucher en herbe l'organisation de toutes les associations ouvrières. On le dit, mais qui oserait le faire? En attendant, on tolère les syndicats ouvriers. Leur institution s'épanouit et

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