‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 18 sur 196 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

du colportage, qui n'est après tout que Tasservissement des faiblesses de la jeunesse et de la pureté des cœurs à l'exploitation d'un odieux mercantilisme.

La police administrative la mieux faite resterait cependant impuissante contre l'attrait et la diffusion des mauvaises lectures. C'est, nous l'avons dit, aux caractères formés à l'école des bonnes mœurs à leur opposer un frein. Reportons donc nos regards en arrière et prenons l'enfant sur le banc de l'école ; c'est là qu'il convient de bien imprégner son esprit, par les leçons du maître et les exemples des parents, de l'amour des saines et fortifiantes lectures. L'utilité de l'instruction est à ce prix. De l'enfant il faut remonter à l'homme, au père, et chercher à pénétrer assez son cœur des affections de la famille, de l'attachement au foyer, du respect de lui-même , à ce point qu'il ne lise avec intérêt et nMntroduise à son domicile aucun livre qui ne soit pur, moral, digne de lui et de l'autorité tutélaire dont il exerce les devoirs dans sa propre maison.

Heureuses les familles où la lecture en commun groupe tous les membres, pères et enfants, le dimanche ou le soir à la veillée, autour du foyer ; là elle devient un délassement des esprits, un apaisement des douleurs, une flamme d'énergie nouvelle pour le travail et les épreuves du lendemain!

L'influence des bonnes lectures, si salutaire à

tous, est un souverain remède au milieu des peines et des vicissitudes de la vie de l'ouvrier; elle relève par sa force morale les défaillances inévitables, dissipe les angoisses de l'avenir et les découragements quotidiens; elle possède la suprême vertu de faire renaître dans les heures les plus sombres les espérances de joie et de bonheur; son action vivifiante apporte dans les âmes les plus troublées des consolations et des jouissances morales, dont la religion seule conserve avec elle le merveilleux talisman.

Ainsi entendue, ainsi revêtue de son caractère moral, l'instruction est un véritable bienfait; elle devient aussi nécessaire et aussi utile à la santé des âmes que l'usage de l'eau l'est à la santé du corps; on ne saurait trop, dès lors, la répandre. Ses sources fécondantes, les écoles, doivent être mises en tous lieux à la portée des populations ouvrières, comme l'on place, dans l'intérêt de l'hygiène publique, des fontaines à tous les carrefours, pour que chacun y vienne puiser au gré de ses besoins ou de sa fantaisie.

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