CHAPITRE II
L'éducation morale de la jeunesse ouvrière. — Ses effets comparés à ceux de rinstructiou, — Le programme radical en matière d'instruction. — Le Syndicat des instituteurs et des institutrices laïques. — Les délégués du syndicat à l'Exposition de Vienne.
Une école nombreuse d'économistes et de publicistes considère, d'une manière absolue, l'instruction comme l'unique agent de moralisalion des masses populaires. Pour nous, d'après les principes que nous avons précédemment développés, il s'agit de bien déterminer le sens que l'on attache au mot instruction. Si par ce mot l'on entend la connaissance des devoirs, l'intelligence exacte des avantages que l'homme retire des bonnes mœurs, de l'amour de la famille, de l'attachement aux principes religieux et sociaux, on peut confier exclusivement à l'instruction le soin d'améliorer le sort et d'assurer l'avenir des populations laborieuses.
Mais si, comme on est en droit de le supposer, il est plusieurs points de ce programme qui n'entrent pas dans les vues de l'école à laquelle nous
avons fait allusion; nous sommes obligés de le déclarer, on se tromperait étrangement sur les effets moralisateurs de Tinstruction , si Ton ne voyait en elle que le fait brutal de savoir lire, écrire, compter, calculer au mieux des intérêts matériels.
L'instruction à ce point de vue est Tun des éléments partiels de l'éducation , mais elle ne peut suppléer à l'action de celle-ci dans la plénitude du développement qu'elle comporte des facultés et des sentiments de la nature humaine. Sur l'éducation, en effet, reposent la valeur morale de l'individu, l'observance des devoirs de la vie, la conscience, en un mot, qui dirige nos actes et nous donne le sentiment de notre responsabilité; d'elle seule dépend le bonheur présent de tout homme dans la vie, comme l'espérance de son avenir immortel. Sans l'éducation morale, l'instruction devient un avantage entièrement illusoire , une vaine apparence, un vulgaire instrument de profit matériel; elle réserve à ceux qui lui confieraient leur avenir avec une foi aveugle les plus cruels mécomptes.
L'enquête de 1872-1875 fait péremptoirement ressortir cette vérité. Ainsi les déposants du Rhône, de la Loire et de plusieurs autres départements, après avoir constaté les progrès de l'instruction et la diminution du nombre des illettrés dans leur région, avouent avec un sentiment de tristesse que le progrès moral n'a point suivi chez eux dans