CHAPITRE D1X-\EUV1È\IE
des corporations, est-elle plus opposable aux ouvriers qu'elle ne le serait aux académies, aux professions libérales, aux associations industrielles , également proscrites par Taveugle fureur des sectaires? Dans leur légitime répulsion contre les privilèges, les novateurs du 4 août n'ont-ils pas renversé au hasard , pêle-mêle, sans distinction d'origine, de but et d'utilité, toutes les institutions du passé qui, de prés ou de loin, avec les nuances les plus profondes, prenaient l'apparence du monopole professionnel et de l'association corporative? On recueillerait aujourd'hui plus d'un débris précieux en fouillant sous ces ruines.
Le flot de la démocratie, comme le Tibre à travers la Rome antique , découvre parfois dans ses crues subites les assises des monuments d'un autre âge et rejette sur ses bords de curieux vestiges, dignes de tenter encore l'imitation des architectes.
Résister au sentiment instinctif qui emporte la masse des travailleurs vers les refuges de l'association serait se heurter contre les tendances les plus inéluctables de la société moderne. II suffit, en effet, d'embrasser d'un coup d'oeil toutes les forces économiques du pays, industrielles, commerciales, agricoles, pour constater l'immense mouvement qui depuis soixante années les porte à se réunir, à se grouper, à se concentrer. On se convaincra que résister à cette impulsion, c'est lutter contre Timpé-
rieuse autorité des mœurs. Dénier aux ouvriers un droit qui s'affirme partout, parles manifestations les plus ostensibles, ce serait vouloir redresser le cours des choses pour imposer une réglementation surannée aune époque de progrès; ce serait assimiler les conditions de l'industrie française, dans toute son expansion actuelle, à ce qu'elle était il y a quatre-vingts ans avec des forces si restreintes et des moyens d'action si imparfaits; ce serait, en un mot, inscrire dans la législation un anachronisme.
Si le gouvernement doit, bon gré mal gré, cède à l'association libre , dont les syndicats ouvriers ne sont qu'une émanation, le terrain qu'elle a conquis, ne peut-il pas du moins mettre un frein à ses écarts par le contrôle et la surveillance des lois? Là est le nœud de la question.
La législation des syndicats est à faire; sur quels principes doit-elle se baser? La liberté d'association devrait être garantie, d'une manière générale, par l'abrogation de l'article 1" de la loi de 1791, et la modification de l'article 291 du Code pénal. Le droit de réunion, corollaire immédiat du droit d'association , serait élargi dans une sage mesure. Resterait à prendre, à titre préventif, des précautions contre l'abus qui pourrait, surtout au début, être la conséquence de la liberté.
Nous reconnaissons cependant que l'association affecte tant et de si multiples formes, qu'il est diffî-