‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 182 sur 196 · CHAPITRE I)1X-\'EUVIÈ.\IE · texte numérisé non relu

CHAPITRE I)1X-\'EUVIÈ.\IE

cile de trouver une formule législative qui satisfasse, dans leur ensemble, à toutes les aspirations et protège tous les intérêts. Cette tentative a été faite par la précédente Assemblée; elle a échoué malencontreusement. Le projet de M. Berthaiit concluait à l'abrogation de la loi de 1791 ; il substituait au régime préventif de l'autorisation le système répressif de la surveillance et du contrôle. Ce projet froissait des esprits prévenus, il n'a pu trouver l'heure opportune de la discussion.

Aujourd'hui on ne demande plus de généraliser la loi; on réclame uniquement la liberté d'association et le droit de réuuion pour les syndicats ouvriers. Admettons donc que l'on aille au-devant des besoins les plus pressants, et examinons les bases d'une législation spéciale pour les associations ouvrières.

La prohibition des associations corporatives n'est plus, aux yeux des législateurs, à la fois une garantie pour la liberté du travail et une sécurité pour l'Etat. On reconnaît s'être mépris sur ses résultats. L'erreur du passé doit être la leçon de l'avenir,

tt Le moment est venu, affirment les économistes, de réhabiliter l'association corporative, en évitant les fautes qui l'ont fait condamner et en se pénétrant bien des idées modernes.

» N'y aurait-il pas justice à permettre aux ouvriers de se grouper par professions et à leur

440 LA vu: MORALE ET IXTELLEGTLELLE DES OUVRIERS.

assurer, sous le patronage et la surveillance de TEtat, la liberté de s'associer, de stipuler collectivement, d'arrêter entre eux des règlements professionnels?

» Ne peut-on point trouver , enfin , un moyen terme entre l'ancien régime corporatif et l'individualisme absolu? IVe peut-on pas, sans porter atteinte aux grands principes de la liberté du travail, faciliter aux ouvriers les moyens de s'enlr'aider et de se soutenir réciproquement dans toutes les vicissitudes de la vie? »

En se plaçant dans cet ordre d'idées, plusieurs déposants à l'enquête de 1872-1875 ont déclaré que la révision de nos lois sur les associations était une nécessité démontrée par quatre-vingts ans d'expérience douloureuse. On a eu tout le temps de reconnaître, dans cette longue période d'années, les inconvénients entrevus par le Parlement de Paris dès la première apparition des réformes de Turgot.

A leurs yeux, aux yeux des écrivains qui soutiennent les mêmes doctrines, un des plus puissants moyens de force et de prospérité pour l'industrie nationale, pour le pays lui-même, serait un système d'associations professionnelles, soutenant à la fois, dans la classe ouvrière, les intérêts matériels et y relevant la discipline morale. Ce procédé établirait enfin les liens d'une union étroite entre les patrons

Page 1