CHAPITRE DI\-\EUl lÈME
d'ailleurs, il s'impose aux méditations et àTétude du législateur. La discussion publique en dégagera sans doute les scories, et, remanié, étudié, passé au creuset d'un examen attentif, il en sortira une œuvre répondant aux besoins du présent. L'association corporative, reconstituée par la nouvelle République, pourrait alors consacrer les souvenirs de son histoire en frappant une curieuse médaille : on y figurerait sur deux faces opposées ce double millésime : 1791- 1877, entouré de cet exergue : abolition, restauration.
Un spectacle digne d'observation est l'attitude prise par les syndicats ouvriers en face du projet présenté par leurs représentants à l'Assemblée. Les orateurs du congrès ouvrier n'ont pas eu assez de sarcasmes et d'indignations contre ce projet. Tout ou rien, s'écrient-ils! liberté absolue, entière du droit de réunion et du droit d'association; point de loi ; nous ne voulons pas passer du régime de la tolérance sous celui de la surveillance légale ; il nous faut l'affranchissement sans réserves. Ainsi les représentants des ouvriers parisiens ne marchent plus à l'unisson des aspirations de leurs électeurs; ils sont débordés.
Nous ne nous arrêterons pas à discuter l'opinion du congrès ouvrier; elle consiste dans un égal dédain de tous les systèmes législatifs. Revenons au projet Lockroy.
Les atlributions réclamées pour les syndicats ouvriers, par les membres de l'Union républicaine, sont la plupart justifiées par les conditions actuelles de la production. Les associations ouvrières ont naturellement pour premier objet la fixation des salaires. Sous l'influence de préventions innées dans les esprits, de méfiances indestructibles, l'antagonisme subsiste entre les ouvriers et les patrons. Aux yeux des salariés, leur condition souffre de deux maux : le renchérissement des choses nécessaires à la vie et ce qu'ils appellent V industrialisme ou l'abus des moyens de concurrence.
Depuis vingt ans. il est vrai, le renchérissement de la vie a subi une augmentation d'un tiers, et la cherté va croissant ; les salaires doivent suivre une progression correspondante et s'élever dans une proportion légitime. L'ouvrier abandonné à ses seules forces élèverait en vain la voix, l'intérêt du patron lui opposerait une invincible force d'inertie: il s'exposerait lui-même, par la vivacité ou l'aigreur de ses réclamations, au renvoi et au chômage. L'association corporative, en discutant le salaire et en soutenant l'intérêt collectif, offre au contraire une force d'action qui doit assurer le triomphe des prétentions justifiées par la nécessité des choses. On ne saurait donc raisonnablement contester aux chambres syndicales le droit de s'occuper des salaires. La même évidence d'intérêt existe pour le