‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 185 sur 196 · CHAPITRE DIX-NEIJVIIÎME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEIJVIIÎME

règlement des tarifs dans les travaux anx pièces ou à la lâche. A l'appui de ce droit, on invoque encore Texpérience du passé. On a constaté que le nombre des grèves a diminué dans les corps d'état où sont établies des associations syndicales.

Mais où doit s'arrêter ici l'action de l'association? Pourrait-elle être autorisée à alimenter les grèves de ses subsides, à fomenter et à soutenir la résistance , à repousser tyranniquement de l'atelier ceux que la nécessité ou de moindres exigences y ramènent? Pourrait-elle en nn mot troubler la paix de l'industrie française, en y prenant le rôle néfaste joué en Angleterre par les trades-unions dans des grèves souillées de sang et de crimes?

C'est contre ces dangers qu'on réclame l'intervention du législateur. La loi nouvelle doit, par une disposition spéciale, prendre ses garanties contre un état de choses qui pourrait devenir une menace pour Tordre public.

Il est encore de l'essence des syndicats professionnels de s'occuper des œuvres d'assistance mutuelle destinées à soutenir les ouvriers du même état, tombés dans la détresse par suite d'accidents, de chômage, de l'âge ou de la maladie. On ne peut donc leur dénier les attributions relatives à la formation des sociétés de secours mutuels, caisses de retraite, ateliers de refuge, sociétés coopératives.

Il serait nécessaire de faire des réserves sur l'en-

tente entre les syndicats d'ouvriers et ceux de patrons : cette entente , dans le règlement de leurs conflits, œuvre de conciliation et d'arbitrage, est une solution fort souhaitable ; mais on doit prévenir des coalitions qui, d'un commun accord, tendraient au renchérissement de la main-d'œuvre au profit des uns, et à la cherté des produits au profit des autres. Les intérêts du public, ceux des consommateurs, méritent aussi d'être défendus. L'Etat, sans gêner la liberté des conventions, a le devoir de prendre ces grands intérêts sous sa sauvegarde.

Enfin , si le projet Lockroy est trop étendu en un sens, il nous paraît, à d'autres points de vue, trop borné. Les syndicats professionnels peuvent remplir plus largement, dans leur sphère d'action, un rôle de patronage et d'humanité.

Ainsi, il leur serait facile de rendre des services considérables dans l'application des lois sur le travail des enfants et des femmes. Déjà on a eu la pensée d'utiliser le concours des chambres de patrons pour la diffusion de la loi du 19 mai 1874. Elles ont répondu à cet appel et prêtent à l'inspection un concours apprécié. Les syndicats ouvriers ont le droit de revendiquer leur part dans cette œuvre d'humanité. Ils pourraient contribuer à la scrupuleuse exécution des lois de protection de l'enfance et des contrats d'apprentissage, sans empiéter sur les attributions de l'inspection. On les

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