CHAPITRE VINGTIÈME
a élé favorisé, (ioit développer en lui les liens de solidarité qui le rattachent à ses semblables. Ce n'est là que la conception exacte des règles d'ordre et de bonne entente qui doivent consacrer les rapports réciproques entre les citoyens d'une même nation. Ces règles sont faciles à accepter pour l'homme qui porte haut dans son cœur le respect des lois et met sa dignité à les exécuter; elles constituent, dans notre état social , la plus solide garantie de la paix publique et la base de l'harmonie générale.
De quoi se plaignent en général les ouvriers quand on les interroge ? De ce que l'on manque d'égards envers eux; de ce que les lois et les usages ne les traitent pas avec égalité et justice. « C'est, dit AI. Reybaud , le grief principal, celui que j'ai recueilli dans beaucoup d'ateliers. Il suffirait, pour en finir, que les fabricants y veillassent avec plus de soin. L'essentiel, c'est que les ouvriers sachent et demeurent persuadés qu'on est animé de bons sentiments à leur égard. Les meilleurs céderont d'abord, puis les autres à leur exemple, et, à la longue, les plus endurcis finiront par se lasser de rendre le mal pour le bien. "
II faut, en un mot, que les volontés, les intentions et les actes s'inspirent, dans les rapports sociaux, de sentiments fondés sur l'égalité des droits et la réciprocité des devoirs.
Les patrons parviendront ainsi à dissiper beau-
coup de préjugés qui subsistent encore parmi les ouvriers. Quand ceux-ci comprendront bien qu'à côté d'eux, au-dessus d'eux, n'existent aucun esprit de surveillance jalouse, aucune pensée d'exploitation; quand ils seront bien pénétrés de celte conviction, que les efforts des patrons s'unissent pour un même but, celui d'être utiles à la population laborieuse, leurs sentiments se modifieront sans doute, leurs préventions s'effaceront, l'union se fera. On en a pour gage plus d'un exemple. Les ouvriers, au début, ont montré de l'irritation contre l'introduction des machines, ils eussent voulu les anéantir. Ils y voyaient une concurrence ruineuse pour le travail manuel. Cette prévention a longtemps subsisté dans leurs esprits. On en retrouve encore des traces. Aujourd'hui cependant, les ouvriers reconnaissent en général que, au lieu de rencontrer dans les machines des ennemis, ils y trouvent au contraire de puissants auxiliaires. Beaucoup les apprécient, les tiennent pour indispensables et appellent de leurs vœux leur perfectionnement. Le bon sens et l'expérience ont fait cette conversion. Serait-il donc impossible de faire accepter aux ouvriers la direction et les conseils des patrons, en leur faisant bien comprendre qu'ils sont pour eux les plus puissants instruments de sécurité, de protection, d'utilité?
En répandant ces sentiments de confiance au sein des populations ouvrières, on aura plus fait pour le