‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 189 sur 196 · CHAPITRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIÈME

bien social qu'aucune de nos révolutions. Tel en est le sort fatal, qu'après bien des ruines et des souffrances, toutes ont retardé, pour de longues années, l'avènement des progrès dont elles tentaient d'assurer le triomphe.

Rien ne peut d'ailleurs justifier, en France, l'état de méfiance dans lequel se tiennent réciproquement les ouvriers et les patrons, ou, si l'on veut, le peuple et la bourgeoisie. Ces deux éléments sociaux, dans notre droit public moderne, n'ont rien qui les sépare l'un de l'autre. L'égalité civile, base de toute démocratie, n'est plus à faire, elle existe. On ne peut aujourd'hui remonter le courant; le flot du progrès populaire grandit sans cesse. Partout l'aisance et l'instruction, en se répandant, élèvent la condition matérielle et morale de l'ouvrier. Les divers rangs de la société se confondent de plus en plus dans ce grand tout qui fut le Tiers-Etat et qui porte aujourd'hui dans son sein, après les conquêtes de la Révolution de 1789, l'àme et l'avenir de la démocratie française.

L'égalité existant, l'effacement des différences de condition devant fatalement se produire, le tort des classes dirigeantes est de ne point aller au-devant des faits qui s'accomplissent. C'est à elles à hâter de tous leurs efforts cette confusion d'intérêts, cette communauté d'idées et de sentiments sur lesquels la paix sociale trouvera un jour d'inébranlables assises.

Dans cet espoir, on peut applaudir aux œuvres fondées par la grande industrie pour améliorer ia situation des ouvriers, leur donner confiance dans les bonnes intentions des patrons et les porter à rattachement envers eux.

Combien ne voit-on pas d'industriels consacrer une large part de leur fortune à créer des écoles, des institutions d'assistance et de prévoyance à l'usage de leurs ouvriers !

Tous ont compris que leurs efforts devaient surtout se réunir pour l'œuvre de l'éducation. L'action des patrons sur l'esprit des ouvriers est le plus souvent nulle ou fort limitée ; elle est presque illimitée au contraire sur celui des enfants. C'est donc cette matière première, si impressionnable et si malléable, qu'il est bon de façonner, d'améliorer dans les écoles d'enseignement primaire elles écoles professionnelles par une éducation bienfaisante, paternelle et moralisatrice. « La restauration des mœurs publiques, disait le chancelier Gerson, quand on en veut relever l'édifice, se doit commencer par sa base, l'enfance et la jeunesse. i)

Que les patrons se gagnent le cœur des enfants, alors se formeront des générations moins isolées, moins ombrageuses dans leur indépendance, mieux portées par leurs sentiments à unir leurs efforts à ceux des classes dirigeantes pour assurer Tordre dans l'Etat et accroître la prospérité du pays.

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