‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 190 sur 196 · CHAPITRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIÈME

La grande industrie se préoccupe particulièrement de prévenir dans la population ouvrière l'esprit de déclassement et d'instabilité. Pour cela, elle favorise par tous les moyens possibles chez les enfants l'attachement à la profession paternelle; elle leur donne toutes les facilités désirables d'instruction dans ses établissements mêmes. Cette initiative n'est point uniquement inspirée par un intérêt personnel, si légitime qu'il soit; un sentiment moral la domine. Les hommes qui dirigent les entreprises industrielles ont conscience de leur devoir et de leur responsabilité. Ils ont compris que l'avenir du pays, sa prospérité, son salut, le salut même de la société sont attachés à la bonne harmonie , aux rapports sympathiques des populations ouvrières et des chefs d'industrie. Ils font œuvre patriotique et œuvre morale à la fois en donnant tous leurs soins au développement des institutions qui conduisent à ce double but, par des améliorations durables et fondamentales.

Les ouvriers, de leur côté, apprécient ces bienveillantes intentions. Partout, les faits l'attestent, où, sur l'initiative éclairée des patrons, des institutions utiles ont été créées; partout où un mouvement s'est accompli pour le bien-être, l'instruction, l'amélioration du sort des ouvriers, les conflits, les irritations, les haines héréditaires se sont apaisées. L'industrie gagne à ces œuvres; la prospérité et la

fortune de l'industriel sont bien souvent nées des progrès qui ont rendu à l'ouvrier la vie plus heureuse.

« J'ai constaté, dit un grand industriel des Charentes ' , que les travailleurs sont très-sensibles à ce

que l'on fait pour eux Celui qui souffre n'aime

pas à voir plus heureux que lui, ni surtout à trouver des hommes indifférents à sa situation. Il est infiniment reconnaissant qu'on s'occupe d'améliorer son sort Les salles d'asile que j'ai établies pour permettre aux mères de gagner leur vie à côté de leurs enfants en bas âge; les écoles primaires mises à la disposition de ceux qui, un peu plus grands, peuvent étudier en attendant l'âge où ils pourront aider leurs parents par leur travail; les soirées d'étude organisées pour les ouvriers des deux sexes qui, n'ayant pu s'instruire dans leur enfance, veulent le faire après leur journée de travail, tout cela mis gratuitement à la disposition de la jeunesse, plaît beaucoup aux parents. «

Les efforts accomplis pour l'éducation de la jeunesse ouvrière par M. Laroche-Joubert , dans ses papeteries d'ilngoulême, ont trouvé une double récompense dans les sympathies de ses ouvriers et le succès de ses entreprises.

Les déposants de la Grand'Combe constatent à leur tour, dans l'enquête de 1872-1875, les résultats

1 M. Laroche-Joubert, enquête 1872-1875.

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