‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 20 sur 196 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

leur marche ascendante les progrès de l'instruction.

Le rapport de la chambre de commerce de Lyon ' signale une amélioration sensible dans l'état de Tinstruclion de la population laborieuse :

« Les ouvriers savent lire et écrire , les enfants sont envoyés aux écoles primaires. Certaines écoles d'instruction secondaire sont même régulièrement suivies.

« Ainsi en est-il de l'école de la Martinière, depuis longtemps célèbre, et des cours d'adultes qui, récemment fondés, se multiplient dans tous les quartiers et comptent de nombreux élèves désireux d'acquérir l'instruction professionnelle. »

Cependant le même rapport présente une peinture affligeante de l'état moral de la population ouvrière. Nous citons : « Le caractère des ouvriers à Lyon est aigri par de longues luttes soutenues pour l'augmentation des salaires; les théories socialistes, en ce qu'elles ont de matérialisme grossier, flattant les appétits et les passions, sont bien accueillies dans la masse et ont accru l'antagonisme entre les patrons et les ouvriers. Si du chef d'atelier on descend au compagnon ouvrier, nomade qui loue ses bras où il lui convient , on trouve encore plus de dévergondage dans le jugement et d'effervescence dans ce qu'on nomme la liberté. Le chef

^ Rapport de la chambre de commerce de Lyon. — Enquête 1872-1875

d'atelier a un certain sentiment de conservation et admet que la sécurité du travail est liée au maintien de l'ordre. Le compagnon se laisse plus facilement entraîner au désordre. »

Ainsi, d'une part, dépression du sentiment moral ; de l'autre, progrès de l'instruction publique. Ce résultat si anormal et si contraire aux légitimes espérances que l'on doit fonder sur les effets du développement des lumières, démontre manifestement la prédominance de l'éducation morale sur l'instruction.

De tels contrastes, il faut le dire , résultent le plus souvent de l'esprit qui préside à l'instruction de la jeunesse : dans beaucoup d'écoles à Lyon, on a négligé d'assurer une marche parallèle entre l'enseignement primaire de la lecture ou de l'écriture et l'instruction morale et religieuse des enfants ; de là l'antinomie qui blesse nos sentiments.

Une société créée, il y a quelques années, par de libres et généreuses initiatives, pour le développement de l'enseignement populaire dans le département du Rhône, avait, il est vrai, soigneusement allié dans les programmes d'étude l'instruction intellectuelle à l'instruction religieuse. Le bénéfice des bons résultats obtenus a été perdu, nous l'avons dit, depuis qu'à la suite des événements du 4 septembre 1870 la municipalité de Lyon a pris en main la direction des écoles primaires.

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Là au contraire où réducation morale marche de pair avec l'instruction, on en constate, d'un unanime accord, les excellents effets.

Dans le groupe industriel de la cristallerie de Baccarat, d'une part l'instruction primaire est généralement répandue, on compte peu d'illettrés; de l'autre, la moralité des ouvriers ne laisse rien à désirer. C'est là le fruit des institutions établies dans la cristallerie : asiles, écoles de garçons, écoles de filles, écoles d'adultes, écoles de dessin, écoles de musique. A l'enseignement donné dans ces diverses écoles se joint Tinstruction religieuse qui y est soigneusement distribuée'. L'éducation morale a suivi là une progression analogue à celle de l'instruction, et l'on se plaît à constater tout à la fois le bon esprit et les lumières de la population ouvrière attachée à cet établissement industriel.

A Anzin, où Ton ne compte pas moins de quatorze mille ouvriers, généralement honnêtes et laborieux, l'instruction est donnée dans une large mesure, et l'enseignement moral n'est pas moins répandu. La Compagnie envoie gratuitement tous les enfants d'ouvriers à l'école ; elle favorise par des subventions la création des salles d'asile, des écoles de filles, l'érection des églises; elle entretient aussi plusieurs maisons de charité. La Compagnie fait en

ï Rapport de la Compagnie de Baccarat. — Enquête 1872-

un mot des efforts concomitants pour assurer au même degré le progrès moral et le progrès intellectuel des ouvriers de ses usines.

Dans les établissements de papeterie de Vidalonles-Annonay, dirigés par MM. Canson et Montgolficr, a l'esprit religieux règne très-généralement et sans distinction de classe parmi toutes les familles ; elles ont en outre des sentiments d'union, de stabilité, qui contribuent puissamment à leur moralité ; aussi les rapports entre les membres du personnel et les chefs sont-ils réellement sympathiques ^ »

Est-il nécessaire d'ajouter, en présence de dispositions de cette nature, que rien n'a été épargné à Vidalon-les-Annonay pour favoriser la bonne harmonie, faciliter à l'ouvrier l'amélioration de sa condition , protéger l'enfance, provoquer l'épargne, garantir les familles ouvrières contre les funestes conséquences de la vieillesse et de la maladie par l'organisation des secours mutuels? On ferait ainsi un rapprochement instructif entre les conditions morales elles avantages matériels que les bons principes, d'une part, le bon vouloir et l'exemple, de l'autre, peuvent réaliser. Ce sont là les fruits qui naissent spontanément de l'union des ouvriers et des patrons dans le sentiment du devoir et le lien

1 Note impriinée des directeurs de Vidalon-les-Annonay. Enquête 1872-1875.

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