CONCLUSION
Nous avons parcouru le cercle tracé à cette étude.
Quelle a été notre marche? Suivre dans son développement moral et intellectuel la vie des populations ouvrières; mettre en lumière les éléments divers de la puissance nouvelle des travailleurs dont l'influence sur les forces vives des nalions, Faction dominante sur la production industrielle, la prépondérance dans les institutions issues du suffrage universel, tiennent sous une entière domination l'avenir des sociétés modernes.
Nous avons pris l'ouvrier dans sa jeunesse à recelé, à la manufacture, à l'atelier d'apprentissage ; nous l'avons suivi dans la sphère du travail, desdevoirs sociaux, des mœurs publiques et privées. Pénétrant sous le toit de la famille, nous avons vu tour à tour les peines et les joies du foyer, les angoisses des mères, le bonheur intime assis surlabase du travail, de l'ordre et de l'épargne ; nous avons supputé ce que peut, dans le domaine des mœurs, l'intervention des lois; dans le domaine des faits, la puissance de l'initiative individuelle; apprécié enfin les
effets comparés de l'action personnelle et de l'association.
On nous rendra cette justice, notre observation s'est adressée aux faits plutôt qu'aux rêves de l'idéal. jVous avons voulu dessiner avec sincérité la physiologie de la vie morale des ouvriers comme on tracerait le tableau de leur vie réelle.
Pour l'ouvrier, il s'agit avant tout de vivre. Le problème du pain quotidien , qui se pose chaque jour devant lui, ne se résout cependant pas uniquement par le travail. Sa solution comporte des efforts de pensée, de volonté, de résolution ou de résignation qui transportent bien vite l'homme des vicissitudes de la vie réelle dans la sphère de la vie morale. De là l'utilité, la nécessité même des études sur l'état psychologique et intellectuel des populations ouvrières.
La conclusion se présente d'elle-même : cultiver les esprits, élever les âmes, affermir les caractères ; en un mot, éclairer et moraliser, c'est résoudre le problème social.
A travers les égarements, les agitations, les dépravations même auxquelles les ouvriers ne peuvent échapper, dans le milieu social où ils vivent , la vitalité des sentiments natifs, l'effort de la conscience sont chez eux assez puissants pour qu'il n'y ait pas à désespérer du triomphe du bien.
Il n'est point dans les mœurs des peuples de cor-
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ruptions irrémédiables, il n'est point dans la vie des nations de décadence qui ne rencontre à son heure son levier de relèvement. Les populations ouvrières de la France, avides de progrès, amies du travail, amoureuses de l'épargne, portent en elles, plus que toutes autres, des ressources morales et intellectuelles suffisantes pour se régénérer et s'élever. Le patriotisme , la foi dans l'avenir, la confiance en Dieu, joints à Tesprit pratique et à l'initiative courageuse, ne sont pas les moindres traits de leur caractère. Ecartez d'elles les défaillances des âmes, les égarements de la politique, les plaisirs corrupteurs, et vous les retrouverez, dans leur mâle et fière nature, prêtes à tous les efforts comme à tous les sacrifices pour poursuivre et atteindre un but honnête, grand, réparateur. Les populations ellesmêmes des villes industrielles, dont la santé morale s'altère et s'épuise dans une vie végétative, ont, comme certains individus , une complexion maladive et nerveuse, sujette aux excitations, aux affolements, aux désordres; mais il existe, pour les uns comme pour les autres, une loi providentielle qui fait naître, des souffrances mêmes et des épreuves auxquelles les assujettit leur nature, le remède à leurs maux. La sagesse et la raison acquises au prix de l'expérience assurent, après maintes vicissitudes, à ces existences agitées la paix de l'àme, le calme de la vie, la considération même qui les place dans
la société à un rang digne de leur légitime ambition.
C'est par la base qu'il faut relever l'édifice des mœurs.
Le progrès de l'enfant, sa vie intellectuelle, son avenir, se résument dans l'instruction, l'éducation morale, religieuse et professionnelle.
La vie morale de l'ouvrier repose sur l'honnêteté, les habitudes laborieuses, la modération des désirs, la pratique des devoirs. Il acquiert la santé de l'àme par la sagesse, celle de l'esprit par le bon sens, celle du corps par le travail : mens sana in corpore ^ano.
La vie morale de l'ouvrière, de la femme, se concentre dans l'amour du foyer, l'affection des enfants, l'union delà famille, cet instrument le plus incomparable des joies et des tendresses du cœur.
Dans le jeu régulier des différents organes de la société, la prospérité, la sécurité, l'avenir des familles ouvrières, sous leur triple expression d'enfant, d'épouse et de père, dépendent rigoureusement de la pratique des devoirs réciproques. Or, l'association familiale étant la base première de l'association bumaine , la bonne organisation de l'une règle le bon fonctionnement de l'autre. Ainsi l'harmonie des sociétés repose à la fois sur l'accomplissement des devoirs publics et sur la pratique des vertus |)rivées.