CHAPITRE III
La condition des enfants dans l'industrie. — Leur état moral et intellectuel. — La protection des jeunes ouvriers en Angleterre et en Allemagne.
La condition des enfants, dans la famille ouvrière, devient souvent un obstacle à leur instruction et à leur bonne éducation. La nécessité du travail industriel, le besoin du salaire pour soutenir les charges de l'existence commune, obligent le plus souvent le père et la mère à travailler séparément, dans des ateliers éloignés de leur domicile ; la plupart ne revoient leurs enfants qu'au moment des repas, ou le soir à la veillée, aux heures où la fatigue écrase, où le sommeil gagne après une pénible journée. A peine, dans ces courts instants de répit, les parents peuvent-ils échanger avec leurs enfants quelques paroles intimes et affectueuses.
Les mêmes nécessités contraignent souvent les pères de famille à compter sur le salaire des enfants et à les assujettir à un travail prématuré pour les faire contribuer à l'entretien de la vie commune. Un bon sentiment légitime aux yeux des parents
Timpatience de voir leurs jeunes enfants rapporter au logis un gain, même le plus modique : les uns veulent leur procurer une alimentation meilleure ou quelques vêtements, d'autres sont désireux de les garder sous leur surveillance dans l'atelier. Egarés par ce sentiment, les parents sollicitent les patrons d'employer les enfants à la fabrication industrielle, sans compter avec l'insuffisance de leurs forces. Or en anticipant sur l'âge d'aptitude au travail, on viole en eux l'une des lois les plus rationnelles de la nature. Les travaux auxquels on occupe prématurément les enfants présentent sans doute quelques avantages immédiats, mais on se dissimulerait en vain les funestes ;nfluences qu'ils exercent sur le développement et la bonne constitution des jeunes générations.
Parents et patrons, voulant dégager leur responsabililé, disent d'un commun accord: il faut de bonne heure former l'enfant à un métier pour qu'il y acquière de l'adresse; puis, ajoute-t-on, il accomplit des besognes peu pénibles : on l'emploie comme rattacheur dans une filature , il garnit les planchettes de petits clous dans les ateliers de polissage d'acier, ou bien il range les bûchettes de bois en paquets dans les fabriques d'allumettes. Ces travaux, il est vrai, ne sont ni compliqués ni fatiguants, mais a-t-on réfléchi que ce petit être, à qui la nature commande l'exercice actif et au grand air, va rester