CHAPITRE TROISIÈME
là, dans un atelier imprégné d'une atmosphère étouffante ou délétère, douze heures durant chaque jour, quelquefois plus, dans une immobilité constante? Ce qui est plus grave, on emploie Tenfant dans d'autres industries, à tourner des meules comme dans Taiguisage ou la poterie, à presser la planche dans les fabriques de papiers peints, à rouler la voiture à bras dans la fumisterie, en un mot on l'assujettit à des efforts ou à des mouvements automatiques qui dépriment son corps, déforment ses membres, épuisent parfois sa santé.
On est fort porté à comparer, au point de vue de l'hygiène, l'état matériel de l'atelier, son aménagement intérieur, avec celui du logement des ouvriers; on met en parallèle les salles aérées des grandes usines avec la mansarde glacée ou le sous-sol humide que la plupart habitent. On ne compte pas avec l'exiguïté, les dispositions fort défectueuses, les conditions malsaines d'un grand nombre de petits ateliers, et on oublie que si l'ouvrier est généralement mal logé, du moins il ne reste chez lui que pendant les heures du sommeil. On ne reconnaît pas que c'est aggraver singulièrement la misère de l'enfant que d'ajouter à la pauvreté du logis paternel l'insalubrité de l'atelier; au mauvais air de la nuit, l'étouffement de la journée entière.
On dit en outre que le travail porte en soi une discipline salutaire, qu'il détourne du vagabondage
de la rue ; enfin on envisage l'avantage du salaire, et l'on fait valoir le profit matériel qu'en peut retirer, par une nourriture plus abondante, la bonne conformation physique de l'enfant. Ces considérations ne sont pas une suffisante compensation aux effets, si nuisibles à la santé, de l'immobilité constante à l'âge de l'action, ni de la fatigue mécanique et perpétuelle, produisant à la longue l'éliolement et l'atrophie delà constitution de l'homme.
Ces erreurs font sacrifier à un misérable intérêt présent l'avenir même de l'ouvrier. Pourquoi d'ailleurs perdre de vue que le gain d'un salaire ne tourne pas toujours au profit de l'enfant? Il alimente moins souvent le ménage qu'il n'encourage les dissipations du père. Le devoir du chef dans Tassociation fondée sur le mariage est de nourrir les faibles, la femme, les vieillards, les enfants. Cette obligation légale et morale est l'une des lois fondamentales de la famille et des sociétés. Or, en comptant sur l'enfant pour subvenir à ses propres besoins, on émousseles sentiments du père, on anéantit la notion d'une loi sociale. L'homme arrive ainsi à se déshabituer de l'accomplissement de ses devoirs les plus sacrés.
IVe convient-il pas aussi d'observer que l'air de l'atelier, là où il est sain, n'offre pas les avantages d'une salle d'école hygiéniquement construite et , considération supérieure à toutes les autres, que les heures prolongées dn travail industriel sont le plus