‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 29 sur 196 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

souvent incompatibles avec les exigences de l'instruction et la possibilité de recevoir une éducation morale.

Ainsi, sans méconnaître la nécessité de former les enfants d'ouvriers à la profession paternelle, de les employer même à la production industrielle, de leur apprendre avec le travail, l'ordre, l'économie, le devoir de participer aux charges de la famille, on se convaincra facilement de la réserve qu'impose aux parents l'opportunité de celle initiation aux obligations et aux devoirs de l'homme. L'association de l'enfant aux intérêts de la communauté familiale et à ses charges doit être ajournée prudemment à un âge ou le travail peut s'accomplir sans qu'il en résulte pour sa santé et son développement intellectuel un sérieux préjudice.^

Nous n'insisterons pas davantage sur les considérations morales naturellement inspirées à tout esprit généreux, en un pareil sujet, par les sentiments d'humanité. Ces sentiments sont inscrits dans tous les cœurs, et les vœux de réforme, en cette matière, sont dans toutes les espérances.

Ce sont ces considérations, ces sentiments et ces espérances qui ont formé la base de la législation sur le travail des enfants dans les manufactures.

Bornons-nous à constater des faits et à relever des chiffres ; les chiffres ont ici leur éloquence instructive :

Trois cent mille enfants environ sont occupés, en

France, au travail industriel; ils se divisent en trois catégories : les uns travaillent auprès de leurs parents dans l'atelier domestique, les autres sont employés dans les manufactures, d'autres enfin sont placés sous les ordres d'un patron par contrat d'apprentissage.

Les éléments font défaut, on le conçoit, pour déterminer nettement l'état et les conditions du travail des enfants occupés dans la famille. Les investigations de la statistique ont du se soumettre à cet égard au respect de l'autorité paternelle , et s'arrêter au seuil du foyer domestique. Le caractère de l'éducation des enfants est d'ailleurs infiniment variable selon la position même des parents. En faire ici l'étude serait étudier dans son intimité même l'état moral et matériel de la famille ouvrière.

Nous pouvons, au contraire, relever des informations précises sur les enfants employés dans les manufactures. Aucun sujet n'a sollicité plus vivement l'attention des économistes et des législateurs. Depuis bien des années les enquêtes et les documents de tout-genre ont éclairé cette question d'une vive lumière.

D'après un tableau statistique dressé sur les avis et les renseignements recueillis auprès des représentants spéciaux de l'industrie par le ministère du commerce en 1867, 125,715 enfants sont occupés dans les ateliers des grandes manufactures. Le

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