‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 30 sur 196 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

nombre de ceux employés dans les 7,959 établissements, soumis à la loi de 1841, s'élève à 99,212. 11 se décompose ainsi :

Enfants de 8 à 10 ans. . . . 5,005

— De 10 à 12 ans. . . . 17,471

— De 12 à 16 ans. . . . 76,736

Total. . . . 99,212

La loi de 1841 ne s'appliquait, on le sait, qu'aux usines à moteur mécanique ou à celles occupant plus de vingt ouvriers. 9,938 établissements industriels restaient, sous l'empire de cette loi, en dehors des prévisions réglementaires.

26,503 enfants de 8 à 16 ans, employés dans ces établissements, étaient, pour cette cause, privés de toute protection légale. A ce nombre fort considérable d'enfants négligés par les précédents législateurs, il faut ajouter la catégorie beaucoup plus étendue de ceux occupés dans les petits ateliers, soit à un travail industriel, soit à divers métiers manuels avec convention d'apprentissage.

En envisageant dans leur économie générale les besoins sociaux, le travail des enfants dans l'industrie, quels qu'en puissent être les inconvénients et les dangers reconnus, est l'une des lois fatales qui régissent l'existence du monde moderne. On ne peut s'y soustraire.

La prévoyance des moralistes et des législateurs,

si justement mise en éveil par la vue d'un affligeant spectacle, est ainsi limitée dans son action généreuse. Un vaste champ d'activité reste cependant ouvert à l'intervention lutélaire de la loi : protéger les jeunes ouvriers contre l'absorption dévorante de la machine, empêcher que, dans un travail sans relâche, l'insatiable concurrence n'épuise tous les instants de leur vie, préserver enfin d'une irrémédiable atteinte le développement normal de leurs forces physiques et de leurs facultés intellectuelles.

Sismondi, en 1827, ému de la condition des enfants ouvriers, jeta le premier cri d'alarme. Bourcart, fîlateur à Guebwiller, révélait, peu d'années après, à la société industrielle de Mulhouse les souffrances dont il avait été témoin, lillermé traçait à son tour le tableau des mêmes misères en décrivant Véïat physique et moral des ouvriers. Il écrivit à peu de temps de là son livre sur la Condition des ouvriers des manufactures du coton, de la laine et de la soie, etc. Puis il dressa les tables de mortalité des enfants de l'industrie. Ces écrits, pleins de révélations douloureuses, émurent vivement l'opinion publique. Sous l'impulsion de ce mouvement, de plus en plus actif, fut ouverte une enquête de 1837 à 1838; de là sortit, en 1841, la première loi qui ait réglementé en France les conditions d'âge, de durée du travail, dinstruction des enfants employés dans les manufactures.

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