CHAPITRE TROISIEME
L'abus des forces de l'enfance, au milieu des ardeurs croissantes de la production manufacturière, ne disparut cependant pas. Aussi, l'étude des réformes réclamées par les amis de l'humanité , n'at-elle point cessé, depuis 184;1, d'être à l'ordre du jour à la fois devant l'opinion et au sein des parlements. La Chambre des pairs les discutait en 1847, et les votait le 23 février 1848, à la veille même des jours de désordre et de troubles qui succédèrent à la paix d'un règne bienfaisant.
L'Assemblée nationale, en 1851 , s'occupa, sans pouvoir les mener à bonne fin, des lois sur le travail des enfants. Sous l'Empire , le conseil d'État et le Sénat furent tour à tour saisis des mêmes projets, de 1855 à 1868. En 1867 on procéda à une enquête fort utile sur la condition des enfants employés par la grande industrie; une proposition de loi fut, à la suite de cette enquête, présentée au Sénat par le gouvernement.
Ces généreuses espérances s'évanouirent bientôt, perdues dans l'ombre, au milieu des événements douloureux qui couvrirent de deuil, à la chute du régime impérial, les destinées de la patrie.
L'Assemblée nationale, en 1871, douée plus qu'aucune de ses devancières de fécondité législative, releva de l'oubli où elle était tombée la réforme du travail des enfants dans l'industrie; elle eut l'heureuse fortune d'accomplir, en votant la loi du
19 mai 1874, Tune des réformes économiques les plus importantes de cette époque ^
Dans cette longue période d'années où s'était lentement élaborée l'œuvre législative, les publicistes français et étrangers tenaient attentive Topinion publique sur les misères de l'enfance. Rossi, dans ses cours au Collège de France, élevait la voix en faveur des enfants exploités par l'industrie ; Dupetiaux écrivait son traité/)^ la condition phy sique et morale des jeunes ouvriers; Louis Reybaud, ses études sur le Régime des manufactures ; Jules Simon enfin, l'Ouvrier de huit ans. Nous bornons là cette incomplète nomenclature des éloquentes revendications des protecteurs de l'enfance.
A côté de cela, des sociétés de patronage et de protection se formaient et offraient aux jeunes ouvriers un généreux appui. IVous citerons : la Société industrielle de Mulhouse, illustrée par les travaux de M. Jean Dolfus, la Société industrielle de Reims, la Société de protection des apprentis de Paris, etc., etc. ^; puis une pléiade nombreuse d'asso-
^ La proposition de loi sur le travail des enfants dans les manufactures est due à la généreuse initiative de M. Ambroise Joubert. Le rapport fut confié à l'auteur de ce livre, qui compte, parmi les meilleurs souvenirs de sa carrière parlementaire, l'honneur d'avoir présenté la loi du 19 mai 1874 au vote de l'Assemblée nationale.
2 Cette Société est présidée par M. Dumas, secrétaire perpétuel de l'Institut.