CHAPITRE TROISIÈME
dations d'assistance et d'enseignement qui se préoccupent, sous les formes les plus variées, du relèvement moral et intellectuel de l'enfance ouvrière.
Ce mouvement, en s'étendant dans la France entière, a mis en lumière des faits incontestables : l'enfant dans l'industrie est soumis à un temps de travail qui excède ses forces; il est admis trop jeune dans les ateliers; le travail de nuit auquel on l'assujettit porte également atteinte à sa bonne constitution et à sa moralisation ; son instruction reste incomplète et son avenir est souvent compromis.
La statistique établit, à l'appui de ces griefs, qu'une dégénérescence funeste s'est produite dans l'état physique des jeunes ouvriers de l'industrie. Les contingents militaires s'en ressentent : pour 10,000 conscrits valides, on compte dans dix départements agricoles une moyenne de 4,029 réformés seulement; tandis que, pour le même nombre de conscrits, la proportion des réformés s'élève, pour dix départements industriels, à 9,930. Cet état de choses ne doit-il pas être pour nos sentiments patriotiques un objet de légitime préoccupation?
Tandis que ces constatations douloureuses étaient exposées en France aux regards de l'opinion, un mouvement analogue se manifestait également, dans les autres Etats de TEurope, pour l'amélioration du sort de l'enfance ouvrière. Partout on élevait cette
question à la hauteur d'un intérêt non-seulement économique, mais national et humanitaire.
En Angleterre, l'industrie, poussée à une puissance d'action que la France est loin encore d'atteindre, a depuis longtemps assujetti au servage de la machine un nombre immense d'enfants. Des abus criants se sont révélés au milieu de cette activité fébrile de la production à outrance. L'enfance, dans le Royaume-Uni , a été victime d'une odieuse exploitation que nos mœurs, disons-le à l'honneur de l'industrie française, n'ont jamais connue. On a vu en Angleterre, à une certaine époque, les owersers, procureurs de paroisse, livrer, moyennant salaire, dès le plus jeune âge, au travail des manufactures les enfants abandonnés, confiés à leurs soins par l'assistance publique. Leur état était des plus misérables, une mortalité effrayante les décimait.
En 1802, Robert Peel , le père de l'auteur des réformes économiques, et William Wilberforce, l'émancipateur des nègres, élevèrent contre ces abus une parole indignée et furent les promoteurs des premières lois protectrices de l'enfance.
Les hills rendus par le Parlement sur le travail des enfants dans l'industrie sont fort nombreux : on n'en compte pas moins de dix-neuf. La plupart se sont appliqués à étendresuccessivement la loi, de l'industrie du coton, la première atteinte, à toutes les autres. Deux d'entre eux ont été appliqués en 1869,