CHAPITRE QUATRIÈME
La loi de protection de l'enfance a été généralement bien accueillie, on doit le constater, par les populations ouvrières , malgré les préventions et les appréhensions que les intéressés ont cherché à répandre. On a dit qu'elle entravait le travail, diminuaitle salaire; on a même menacé, pour l'apparence, de fermer certains ateliers. Le bon sens des ouvriers a fait justice de ces manœuvres. Reconnaissant les avantages et les bienfaits de la loi, ils en ont, dans diverses industries, réclamé spontanément l'application. Quelques parents disposés à exploiter leurs enfants, regretteront désormais de ne pouvoir le faire; quelques industriels peu scrupuleux sur les moyens de concurrence, ne pourront plus avilir les salaires en abusant du jeune âge des enfants ; ces cris et ces plaintes tomberont dans le mépris public ou n'oseront se produire en face du mauvais accueil que reçoivent des doléances marquées au coin de l'intérêt personnel. L'enfant qui vagabondait dans la rue, sans souci de son instruction, sera, de son côté, obligé de prendre le chemin de l'école. On a déjà constaté ce fait, au point de vue des intérêts économiques, que la diminution du nombre des enfants employés dans les ateliers, sans être un embarras sérieux pour l'industrie, produit une augmentation corrélative dans le salaire. Les adultes sont recherchés aujourd'hui pour suppléer les enfants dans les travaux auxquels on
142 LA riE MORALE ET INTELLECTUELLE DES OUVRIERS.
les employait jadis. Les ouvriers en effet n'ont pas à se dissimuler, et plus d'une fois ils s'en sont plaints, le but de l'emploi abusif des enfants dans des travaux qu'autrefois ils exécutaient eux-mêmes. Ce système est souvent inspiré par la pensée de créer à côté des ouvriers adultes une concurrence d'où résulte nécessairement la dépréciation de leur travail et l'abaissement de sa rémunération. Les conditions générales du salaire reprennent donc, grâce à la loi de protection de l'enfance, leur équilibre normal, et la répartition en devient plus équitable. Les cbambres syndicales d'ouvriers sont restées, par une indifférence regrettable, entièrement en dehors du mouvement en faveur de l'enfance. Elles n'ont fait entendre aucun vœu, aucune revendication pour la préparation des lois de protection. Quelques-unes même ont été les échos et les portevoix des préjugés et des préventions répandus dans les masses par les exploiteurs d'enfants. La question du travail des jeunes ouvriers des manufactures n'a pas davantage trouvé place dans les rapports des délégués aux Expositions; à peine y est-il dit quelques mots de l'apprentissage. Les orateurs du congrès ouvrier paraissent à leur tour ignorer les lois de protection de l'enfance ou en recommandent peu l'application ^ Que deviendrait le thème aux décla-
1 Le délégué de Lyon, au congrès de 1876, se plaignait que l'on ne protégeât pas les enfants dans les ateliers occupant moins