CHAPITRE QUATRIÈME
suspectent déjà d'excès de zèle et d'arbitraire.
Ces appréhensions vagues et exagérées ont été exploitées par les intéressés. On a voulu compromettre l'autorité de la loi par des critiques et des attaques réitérées afin de se sousti*aire à son exécution.
Ces manœuvres, mal dissimulées , ont reçu quelque encouragement des propositions déposées, à tout autre intention. Tune au Sénat, l'autre à la Chambre des députés, par MAI.Testelin et Renault, aux mois de juin et de juillet 1876, pour suspendre Teffet de l'article 9 relatif à l'instruction des enfants.
Tel a été aussi l'effet de la proposition présentée par M. Léon Renard et divers industriels du Nord pour autoriser le travail des enfants dans les verreries et supprimer les prohibitions relatives au travail de nuit des jeunes filles.
Le violent assaut infructueusement livré devant les deux assemblées parlementaires, sur ces diverses propositions, à la loi du 19 mai IS?^, a, il est vrai, péremptoirement mis en évidence sa bonne structure et sa vitalité ^ Au Sénat, le rapport de AL Paris avait déjà fait ressortir les bons effets de la loi en faveur du développement de l'instruction populaire. Les députés à leur tour, frappés des considérations d'humanité dont ce sujet abonde, ont bien compris tout ce que la seconde Chambre perdrait d'autorité et de
♦ Annales parlementaires ^ 1876.
prestige si elle portait imprudemment la main sur Tune des œuvres les meilleures parmi celles édifiées par sa devancière. On a reconnu en cette circonstance la vérité d'une éloquente parole prononcée par M. le duc de Broglie dans la discussion de la loi sur l'enseignement supérieur: a Les assemblées ont le devoir de réserver à toutes les lois à faire l'épreuve du temps, et à toutes les lois faites le bénéfice de l'expérience. «
La discussion a du reste démontré que partisans et adversaires de la loi du 19 mai 1874 ignoraient à l'envi ses précédents parlementaires, Téconomie de ses dispositions, son fonctionnement actuel. Ainsi M. iVadaud, défendant la loi en maladroit ami, a parlé d'une loi bâclée par la dernière Assemblée, et s'est plaint que l'on n'eût consulté pour sa préparation ni les chambres de commerce, ni les grands manufacturiers. Or, la nouvelle loi sur le travail des enfants dans les manufactures est en réalité en élaboration depuis près de trente années dans les assemblées parlementaires par la généreuse initiative de Charles Dupin. Elle a été, nous l'avons dit, de 1867 à 1870 laborieusement examinée par le conseil d'État; reprise en 1871, elle a passé par trois années d'études ; enfin elle a été l'objet, avant et après sa dernière délibération, de deux enquêtes dans lesquelles non-seulement les manufacturiers, uiais encore les sociétés industrielles, les chambres